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Le bon moment pour le dire

25 juin 2011
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Ce soir, dans une brasserie de Lille, France.

J'ai mangé avec deux amies trans, A. et L. Quand je dis «amies», c'est en moyenne : avec A. on est plutôt plus qu'amies, alors qu'avec L., on l'est plutôt moins. Enfin, peu importe. Autour de la table, la discussion a porté à un moment sur le fait que les personnes cisgenres avaient souvent tendance à penser que, dans le cadre d'une relation, les personnes trans devaient annoncer  qu'elles l'étaient (trans, je veux dire) à un moment donné, qui variaient selon les personnes cisgenres (avant le premier rendez-vous ? avant le premier baiser ? avant de baiser tout court ? etc.) mais qui était un peu posé comme «c'est comme ça que ça devrait être fait si on a un peu de sens moral».

« C'est idiot, a soupiré L ; c'est à la personne trans de décider si elle le révèle et quand elle le révèle. Il n'y a pas de bon ou de mauvais moment pour annoncer qu'on est trans.

– Ce n'est pas vrai, ai-je objecté. Il n'y a peut-être pas de bons moments, mais il y en a des mauvais.»

Pour illustrer mon propos, je me suis mise à raconter une petite anecdote personnelle.

***

Sept ans plus tôt, dans un hangar d'un bled du Texas, U.S.A.

La balle est allée se loger à quelques centimètres de ma tête, dans un gros pilier en béton ; j'ai donc décidé qu'il valait mieux  rester baissée derrière mon abri de fortune – une grosse table métallique que j'avais renversée — en attendant que les cinglés rechargent.

Pendant ce temps, Tracy, planquée derrière un autre pilier à environ cinq mètres de moi, continuait à leur balancer des rafales avec son semi-automatique. Tracy était une meuf blonde, plutôt grande, qui portait des santiags, une jupe rose et une veste en jean. Elle avait normalement un chapeau de cow-boy pour compléter la tenue, mais un coup de fusil à pompe la lui avait retiré quelques instants plus tôt.

En face de nous, je ne savais pas trop qui c'était, mais ils étaient au moins une demi-douzaine. Ils avaient fait irruption dans le hangar alors qu'on était en train de bouffer des pizzas, peinardes.

J'ai remplacé les chargeurs de mes deux pistolets, histoire de pouvoir donner le change aux importuns et de ne pas laisser Tracy s'amuser toute seule.

«Il faut que je te dise quelque chose ! a gueulé cette dernière.

— Quoi ?»

Mes pistolets rechargés, et comme les méchants semblaient relâcher un peu la pression, je me suis relevée et ai entrepris de leur tirer dessus à mon tour. J'ai tiré sans trop viser, puis ai réalisé qu'il y avait des barils d'essence à côté des connards ; j'ai donc tiré dedans.

Je m'attendais à une grosse explosion, mais il n'y a eu qu'une fuite d'essence décevante. Fuck.

Les types se sont remis à me canarder, et je me suis baissée juste à temps pour ne pas finir en Emmental. Une balle est tout de même passé à ça de ma tête, et mon oreille s'est mise à siffler de manière fort désagréable.

J'ai bien vu que Tracy remuait les lèvres mais, du coup, je n'entendais rien. En plus, elle avait un putain d'accent texan pourri, alors ça n'aidait pas à comprendre.

«Quoi ? ai-je crié en rechargeant à nouveau mes jouets.

– Je suis transsexuelle !

– Putain, c'est pas le moment !»

Une grenade a alors atterri juste à mes pieds.

«Sa mère la pute !» ai-je gueulé tout en faisant trois actions en même temps :

  1. Je me suis dit que les travailleuses du sexe n'avaient pas grand-chose à voir dans l'histoire, et qu'il faudrait à l'avenir que j'évite les jurons sexistes (encore une putain de bonne résolution queje n'ai jamais trop réussi à appliquer, tiens).
  2. J'ai bondi hors de ma cachette.
  3. J'ai vidé les chargeurs de mes deux pistolets en tirant un peu n'importe où, histoire de ne pas me faire abattre en vol.

La grenade a explosé et m'a projetée juste à côté de Tracy, qui a abattu un de nos adversaires en représailles.

«Tu m'en veux pas de pas te l'avoir dit avant ? a-t-elle demandé tandis que je sortais mes derniers chargeurs et que les fâcheux continuaient à nous mitrailler.

– Putain, Tracy, ce que j'aurais aimé que tu me dises avant, c'est que t'avais la Mafia au cul !»

J'ai tiré à nouveau quelques balles, essayant de les économiser un peu plus, pendant que ma copine fouillait dans les poches de sa veste.

«C'est pas la Mafia, c'est des suprémacistes blancs. Et c'est lié : je leur ai volé cent cinquante mille euros pour me payer mon opération.

– C'est si cher que ça, une opération ?» ai-je demandé entre deux coups de feu.

Tracy a trouvé ce qu'elle voulait dans son blouson : un bâton de dynamite. J'aurais dû être surprise, mais en même temps, on était au Texas.

«Non, a-t-elle répondu en allumant la mèche, mais une fois que j'avais ouvert le coffre, je voyais pas l'intérêt d'y laisser du fric.»

Elle a balancé le bâton juste à côté des barils d'essence.

« Say «auf wiedersehen» to your nazi balls !» ai-je eu le temps de gueuler avant que tout n'explose.

***

Ce soir, dans une brasserie de Lille, France.

«Tu inventes tout ça, n'est-ce pas ? a demandé A.

– Je ne vois pas pourquoi tu dis ça, ai-je répliqué sur un ton offusqué.

– Si c'était il y a sept ans, comment tu as pu caser une réplique d'Inglourious Basterds ?»

J'ai grimacé. Je savais que je n'aurais pas dû en rajouter.

« D'accord, ai-je admis. Mais je maintiens ce que je dis : je pense qu'il y a des mauvais moments pour annoncer qu'on est trans.

– Et tu as un exemple réel ? a demandé L.

– Bon, OK, ai-je soupiré, en vrai on mangeait des pizzas en regardant l'Arme Fatale. Mais putain, sérieusement, tu n'annonces pas que t'es trans au moment où ils ne savent pas s'ils doivent couper le fil bleu ou le fil rouge. T'attends la coupure pub, merde.»

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A Study in Trans : Le rapport à la santé

8 juin 2011
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Étant donné, d'une part, que mes billets concernant les thématiques trans sont ceux qui rencontrent le plus de trolls succès et, d'autre part, que la grande mode dans le mileu LGBT semble être d'être cisgenre et d'étudier les trans ; et n'ayant pas les moyens techniques de réaliser un énième documentaire en interviewant les trois mêmes personnes transmédiatiques, j'ai décidé de réaliser une série de billets de fond creusant des aspects inexploités des thématiques trans.

Le premier volet de mon enquête concerne le rapport à la santé.

Échantillon

Je ne sais pas si c'est comme ça qu'on dit pour des êtres humains (à la base, j'ai une formation de sociopathe, pas de sociologue), mais toujours est-il que mon enquête se base sur un échantillon représentatif de deux meufs trans, agées de 27 à 34 ans.

Une analyse poussée des comportements de cet échantillon m'a amenée à classer les individus dans deux groupes principaux :

La Straight-edge

La meuf trans straight-edge est préoccupée par sa santé, et se soucie notamment des interactions possibles entre son traitement hormonal et les autres substances qu'elle pourrait être amenée à avaler. Par conséquent, la straight-edge :

  • ne boit pas (cela pourrait surcharger le foie déjà mis à l'épreuve par les anti-androgènes) ;
  • ne fume pas (en conjonction avec les hormones, cela augmente différents risques auxquels je n'ai pas trop compris, mais elle les individus concernés de mon groupe représentatif avaient l'air au courant) ;
  • ne mange pas trop gras, salé, sucré (pour éviter les risques de cholestérol et tout ça).

Bref, la straight-edge prend soin de son corps, fait des analyses régulièrement, et va même chez le dentiste tous les ans comme tout le monde est censé faire mais que personne ne fait jamais.

À l'opposé, nous avons :

La Jackass

La meuf trans jackass part du principe sain selon lequel, vu qu'elle fume déjà deux paquets de clopes par jour et quelques pétards, boit quelques cafetières et quelques bouteilles d'alcool, et a un usage récréatif de diférents produits, ce n'est pas franchement quelques hormones en plus qui vont tout chambouler.

Partant de la logique «tant que je ne le sais pas, tout va bien», la jackass évite autant que possible les prises de sang, sauf lorsqu'elle est bourrée et qu'elle tombe sur une seringue.

La jackass n'accorde pas trop d'importance aux effets secondaires de ce qu'elle avale : si l'absorption de ses pilules de progestérone lui file des vertiges, alors cela donne simplement un effet récréatif en plus du reste.

Conclusion

Mon analyse tend à montrer deux choses :

  1. tout d'abord, de manière surprenante, la répartition dans les deux catégories est, dans mon échantillon représentatif, exactement de 50% dans une catégorie et 50% dans l'autre, ce qui est assez notable.
  2. ensuite, nous pouvons en conclure que, globalement, les meufs trans ont, en moyenne, un rapport sain à leur santé, prenant soin de leur corps sans non plus en faire trop et psychoter.

Synthèse

Si cette analyse tend à se baser sur deux groupes distincts, il est de mon devoir de signaler qu'il peut y avoir une certaine porosité entre ces deux groupes, comme le montre ma conversation avec A, qui venait de passer des hormones par patch (pour pouvoir dire «c'est un problème à trois patches», comme Sherlock) à des comprimés (pour pouvoir les avaler toute la journée, comme Dr House) :

Elle : Merde, j'ai mal au crâne. Je pense que c'est parce que je ne supporte pas bien mes nouvelles hormones.

Moi : Tu les prends comment, tes hormones ?

Elle : Sous forme de comprimés.

Moi : Non, je veux dire, tu les avales avec quoi, tes comprimés ? Un grand verre d'eau ?

Elle : Je crois. Je me rappelle avoir rempli un grand verre avant de les avaler, effectivement.

Moi : C'était plutôt plusieurs grands verres.

Elle : Si tu le dis, je ne me souviens plus trop.

Moi : Et tu es sûre que c'était de l'eau, dans les verres ?

Elle : J'ai peut-être confondu avec la Vodka, je ne sais plus. Pourquoi ?

Moi : Pour rien. T'as raison, le mal de crâne, ça doit être parce que t'as changé d'hormones.

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Grosse

8 mai 2011

Il faut bien que je l'admette : je suis grosse. Pas juste «ronde», «pulpeuse», ni même «forte» : carrément, complétement, grosse.

Quand j'en viens à l'oublier, il faut toujours que quelque chose vienne me le rappeler, comme par exemple toutes ces collections de fringues, voire ces magasins entiers, qui s'arrêtent environ dix tailles en-dessous de la mienne.  Ou alors, comme ces types que je ne connais pas qui viennent m'en faire la remarque dans la rue.

J'en ai croisé un comme ça, l'autre soir. Il est venu me voir d'un ton assuré, quoique légèrement aviné, et m'a demandé :

« Hé, la grosse vache, tu pèses combien ?»

Ce qui m'a marqué, c'est qu'il avait l'air sûr de son droit, le bonhomme. C'est un truc qui me fascine, chez les mecs, particulièrement hétérosexuels : ce sentiment de légitimité, cette façon de penser que les meufs vont être quelque part à leur botte, qu'ils sont là pour les dominer et que c'est l'ordre naturel des choses.

Je trouve qu'il y a un truc assez magnifique à voir un type complétement confiant, qui pense que tu vas t'écraser, y compris quand le type en question mesure quinze bons centimètres de moins que toi et pèse à peu près la moitié de ton poids.

Cela dit, pour le coup, j'ai accédé à sa demande. Parfois, je pense qu'il faut savoir faire preuve de pédagogie. Je l'ai donc foutu par terre d'un coup de mon poing gras, et je l'ai regardé avec un sourire bienveillant.

«Tu veux vraiment savoir combien je pèse ?» lui ai-je demandé.

Et je pense qu'il faut vraiment que je m'y fasse, parce que, quand j'ai entendu son cri de douleur lorsque j'ai aterri sur son estomac, les rangers en avant, il a fallu que je me rende à l'évidence : je suis  effectivement, carrément, complétement, grosse.

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Le jour où je suis devenue transféministe

30 avril 2011

Je sais, dit comme ça, ça peut paraître bizarre. Spontanément, lorsqu'ils me connaissent vaguement, la plupart des gens n'iraient pas me labeller transféministe.

Moi-même, je vois pas trop l'intérêt de ce terme. Et d'ailleurs, je ne comprends pas la mode qui veut que, quand on parle de trucs trans, on s'amuse à coller les mots ensembles et à parler english (ou franglish, plutôt). Par exemple le truc qui voudrait qu'on dise :

  • pas comme lesbienne féministe, en deux mots, normal quoi, mais "transféministe" ;
  • pas comme lesbienne féminine, beurk deux mots, mais «une personne transféminine/transmasculine» (selon la logique des gens qui utilisent ces termes, une butch qui est une meuf trans est donc «transféminine». Par contre elle n'est pas du tout «lesbienne féminine», évidemment, vu qu'elle est butch. Ce qui prouve que les gouines ont quand même plus de bon sens que les trans, l'air de rien.) ;
  • pas «meuf trans» ou «mec trans» mais «transboy» ou «transgirl». Mention spéciale que j'ai déjà vue pour le «un transmen», qui devait sans doute être plusieurs dans sa tête.

J'imagine que c'est pour faire plus exotique, plus hype, ou un truc comme ça. Mais c'est peut-être juste parce que je suis jalouse, vu que si on essayait de construire des mots avec «lesbian», vu le niveau d'anglais moyen on se retrouverait sûrement avec une prononciation à la française (avec la fin de lesbian prononcé comme la fin d'Alban) et ce serait ridicule. Déjà que faire comprendre comment on prononce «butch» et «fem» c'est loin d'être évident...

Bref, voilà, à ce stade là vous vous demandez sûrement comment j'ai bien pu devenir «tranféministe», vu ce que je raconte.

Pour situer le contexte, c'était dans un moment «LGBT» où y'avait un espace non-mixte lesbiennes. Ce qui est plutôt chouette à la base, surtout quand, comme moi, on a un peu du mal à rester longtemps en compagnie de mecs sans que n'éclate une bagarre au bout d'un moment.

L'ennui, c'est qu'à ma grande déception, «espace non-mixte lesbiennes» ne veut pas forcément dire «zone boulet-free», comme j'ai pu m'en rendre compte lorsqu'on a discuté de la définition exacte de la non-mixité.

Le problème en résumé, c'est que pour certaines meufs c'était implicite que c'était réservé aux fâmes nées fâmes, bla bla, nature truc, biologie machin ; alors que pour moi c'était implicite que c'était interdit aux hippies, et autant à cette époque je me foutais de la transphobie comme de ma première chemise, autant quand on prononce les mots «nature» et «bio» de façon sérieuse et, pire, en voulant m'inclure dedans, ça a tendance à me tendre un peu.

C'était le genre de nanas transphobes hippies séparatistes, qui pensent que le paradis ce serais d'aller vivre entre lesbiennes dans le Larzac, sans lesbienne trans évidemment, parce qu'elles nuisent à la connexion magnifique avec la Nature qui est par essence féminine.

(Je ne sais pas exactement ce que c'est, l'essence féminine. Vu que c'est connecté à la Nature, j'imagine un mélange de gazoil et d'huile de colza. Moi, je préfère le sans-plomb.)

Notez que je n'ai rien contre le séparatisme, à la base. Je trouve ça plutôt classe, même. Par contre, quand on en vient à mettre «Paradis»
et «Larzac» dans la même phrase, je commence à me dire que c'est des gens qui ont trop bouffé de fromage de brebis...

Alorc voilà, forcément quand t'entends ça et que t'es moi, tu commences à faire une crise d'angoisse parce que tu pensais que ce serait un espace «safe» et que du coup t'as pas emmené ta triplex pour te défendre contre les hippies, et t'es obligée d'écouter en silence les meufs qui t'expliquent qu'être une femme, c'est avoir un «2» sur ta Carte Vitale. Ce qui n'aide pas spécialement pour définir la non-mixité lesbienne, à moins de se dire qu'il faut avoir deux «2» côte à côte qui se font des bisous, mais le problème c'est que ça inclut logiquement tous les gens nés en Côtes d'Armor (dans le 22, pour les incultes qui ont pas appris tous les numéros de département à l'école) et qui ne sont pas toutes gouines pour autant.

Bref, voilà, j'en étais là lorsqu'une de ces hippies essentialistes transphobes commence à expliquer qu'elle pouvait pas accepter que des
meufs trans participent à cet espace parce qu'elles avaient par essence une énergie masculine qui nuisait à sa communion avec la Nature et donc à son bien-être et que du coup leur simple proximité la mettait mal à l'aise et que du coup si elles étaient acceptées elle-même ne viendrait pas.

Et là, chose qui m'arrive de temps en temps, des rouages se sont mis à cliqueter dans mon cerveau et j'ai tilté.

Jusqu'à présent, j'avais toujours les meufs trans comme des personnes un peu chiantes qui passaient leur temps à se plaindre que la life
était trop dure ; mais là, je comprenais que j'étais passée à côté de quelque chose et qu'il y avait plus que ça.

Une meuf trans, c'était en fait la protection ultime anti-hippies. Bon je veux dire, d'accord, techniquement il doit pouvoir y avoir des
trans hippies, mais à moins de faire sa transition uniquement au lait de soja elles peuvent pas trop la ramener sur «garder ton corps
entièrement naturel» quand tu te grilles une clope ; et puis surtout, face aux specimens qu'on avait là, une meuf trans ça avait l'air
d'avoir le même effet qu'une croix sur un vampire dans un film de vampire (je veux dire, un film de vampire où les vampires craignent les croix, pas un film de vampire où le type sort sa croix et où le vampire fait le même "haha!" que le sale gosse dans les Simpson).

Bref, j'ai eu cette révélation, et ensuite j'ai repéré une meuf trans que j'avais remarquéf plus tôt pour sa capacité à bouffer un hamburger
MacDo tout en tenant sa clope et son coca, puis je suis allée m'assoir à côté d'elle et je l'ai regardée d'un air amoureux.

«Hey, bébé, ai-je demandé, ça te dirait pas d'être ma triplex ?»

Et c'est comme ça que je suis devenue transféministe.

(Ca aurait aussi pu être le début d'une belle histoire d'amour, ou en tout cas d'amitié sincère, mais on a fini par parler goûts musicaux et elle a admis d'un air penaud aimer la "musique de nazis". Quand je lui ai demandé ce qu'elle voulait dire par là, elle a mentionné Rammstein, et j'ai dû lui expliquer que ce n'était pas de lavrai musique de nazis, juste de la musique molle du genou pour adolescents qui se mettent du noir à lèvres pour faire trop rebelle face à leurs parents. Depuis, on ne s'est plus jamais reparlées.)

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Moi je la trouve réussie, cette affiche

20 avril 2011
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Je ne sais pas si vous suivez la vie de la communauté LGBT (en même temps si vous lisez ce blog y'a des chances), mais il y a pas mal de polémique récemment à cause de l'affiche pour la pride de Paris, qui fait figurer un magnifique coq gaulois b'en de chez nous ma bonne dame, tout le visuel étant en joli nuances de bleu, de blanc et de rouge. Comme je suis d'humeur généreuse, je vais vous éviter d'avoir à chercher vous-même si vous ne voyez pas ce dont je parle, la voici donc :

Désolée pour les gens que j'aurais rendus aveugles dans le procédé, mais bon c'est pas ma faute, c'est pas moi qui l'ai pondu, ce truc moche.

Face à cette chose, certaines organisations ont réagi, pour dénoncer le fait que c'était un peu un symbole de nationalisme, de virilisme, et que du coup ça incluait pas forcément tout le monde, tout ça. Ce à quoi certains LGTeuBés répondent : il ne faut pas laisser le coq à l'extrême droite, la nation ce n'est pas le nationalisme, la république c'est beau, vive la France, cocorico ! (Franchement, si les gays parisiens qui ont fait cette affiche tenaient absolument à «ne pas laisser certains symboles à l'extrême droite», ils auraient pu faire comme les autres et se contenter de porter du Fred Perry, ça aurait été plus simple pour tout le monde)

Dans cette veine, on a ainsi la très belle phrase du président d'Homosexualité et Sociale-trahison :

Le coq est fier. Le coq est le symbole de la nation, et par analogie de la citoyenneté. On y retrouve l’expression du mot d’ordre de la marche des fiertés LGBT : En 2011, je marche, en 2012, je vote. Il s’agit de lier la participation à la marche des fiertés LGBT à l’exercice de la citoyenneté en général et du droit de vote en particulier.

Le coq représente l’unité du village, et par extension, celle de la communauté nationale.

(Mais sinon, non, c'est pas excluant du tout pour celles et ceux qui n'ont pas la bonne nationalité et n'ont pas le droit de vote. En 2012, tu ne peux pas voter, en 2011, tu ne peux pas marcher.)

Bref, tout ça pour préciser le contexte. Mais en fait, moi, je trouve que cette affiche, elle est quand même pas mal et, quand on y réfléchit, plutôt bien faite. Je veux dire, je comprends les graphistes : tu pars du cahier des charges «faire un truc avec "En 2011, je marche, en 2012, je vote"» (je suppose que ça veut dire qu'il n'y aura pas de Pride en 2012, puisqu'on aura voté et que tout ira bien dans la meilleure des républiques) et tu dois faire une affiche pour mettre en valeur ce slogan pourri et complétement vide de revendication.

Eh ben franchement, cette affiche, moi je trouve qu'elle est réussie. Parce que quand on la voit, on se dit qu'effectivement, à côté du visuel façon «apéro saucisson pinard avec un boa à plume», l'espèce de slogan moisi, ben il est encore pas si mal que ça, finalement.

Je trouve ça balaize, quand même.

 

 

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De la visibilité trans à la télé

4 avril 2011

Le problème à avoir une copine trans, je veux dire le vrai problème à avoir une copine trans, c'est les films.

Entendons-nous bien : A. n'a pas foncièrement des goûts de chiotte en matière de films. Aujourd'hui, par exemple, elle a décidé de se donner  bonne conscience en regardant des films militants, engagés et intellos. On s'est donc fait El Machete et V pour Vendetta.

Le souci, c'est quand ça concerne les films trans. C'est pas que sa faute à elle : Robert Rodriguez n'a pas fait de films avec des trans, et les Wachoski (orthographe douteuse inside) non plus, ce que est d'autant plus dommage vu qu'il semblerait bien que la moitié d'entre eux le soit, trans (enfin, vaudrait mieux que ce soit la moitié responsable de Bound et V pour Vendetta que celle coupable de Matrix III et Speed Racer, sinon c'est pas ça qui va relever le niveau).

Et donc, des fois, ma meuf est prise d'une crise militanto-maso-identitaire et tient à ce qu'on regarde un film avec une personne trans, histoire de voir ce que ça donne.

C'est pas toujours mauvais, notez : par exemple Los Angeles 2013, ça me pose pas de souci, loin s'en faut. Boys don't cry est déjà plus déprimant, tandis que Transamerica est juste affligeant, même si c'est marrant de voir une meuf cisgenre jouer la meuf trans en performant la voix de Marge Simpson.

Et donc aujourd'hui, après El Machete et V pour Vendetta, j'ai eu droit à La reine des connes. Ouais, rien que le titre donne envie, hein ?

À la base, ça sonne pas forcément trop pourri, pourtant : un film noir avec une meuf trans, on peut se dire que ça pourrait être bien. Par exemple, je me dis que si Robert Rodriguez voulait faire pour une fois un film basée sur une histoire vraie en s'inspirant des petites aventures qui nous sont arrivées il y a quelques temps, ça pourrait être classe, même si c'est plutôt moi qui étais au centre de l'histoire et qui ai fait le gros du boulot.

Bon, ben là c'est pas ça.

Déja, c'est français. T'as le film qui est à peine lancé, tu le sens bien, que c'est français. Je sais pas comment décrire ça autrement, mais je pense que c'est assez explicite. Bref, c'est pas El Machete, hein, ça c'est sûr.

L'histoire, ensuite, c'est celle d'une meuf trans (le terme utilisé dans le film plus exactement c'est «un transsexuel», au masculin) jouée par un mec cisgenre (bah ouais, c'est cool de se faire du fric sur les histoires des trans, mais on va quand même pas leur filer du taf, ni même avoir au moins la décence minimale de faire jouer le rôle par une actrice du même genre que le personnage...).

En gros, l'histoire c'est que sa motivation c'est de se faire opérer (ben ouais c'est une meuf trans, donc forcément, on va quand même pas s'emmerder à trouver quelque chose de plus original) et pour ça elle s'engage dans une histoire de faux billets foireuse pour avoir le fric qui lui manque pour aller en Thaïlande. Évidemment, comme c'est foireux ça se passe pas comme prévu.

Bon après en dehors du fait que ce soit plutôt chiant, français, avec «un transsexuel au masculin», dont l'acteur persiste sur une interview à Tetu (qui, comme d'autres sites «LGBT», en disent du bien du film, trop cool, de la visibilité... y'a un moment où je me dis qu'il y en a qui feraient mieux de se revendiquer «LGTeuBés» que «LGBT»), y'a un truc dont je suis pas la mieux placée pour parler vu que je suis pas trans et que j'ai pas de connaissance «intime» de beaucoup de corps trans, mais franchement : je trouve pas ça crédible. C'est censée être une meuf qui vit depuis un certain temps en meuf, qui est prête à se faire opérer et économise pour ça depuis dix ans... et juste, ben, voilà, en général quand t'es une meuf trans à ce stade là t'as pas un corps de mec cis, t'as pris des hormones et tout ça et le problème c'est que, rappelons-le, c'est joué par un mec cis... Bon, on pourrait dire que c'est parce qu'il y a une diversité des parcours bla bla, mais j'ai un peu du mal à y croire quand même...

Cela dit, pendant deux minutes, j'ai pensé que ça allait pas être trop pourri et que la fin allait rattraper le reste (attention, je vais spoiler, mais bon, ça vous évitera d'avoir à vous le mater), vu que l'héroïne en question bute deux des trois types qui voulaient l'arnaquer. Plutôt classe quand même pourrait-on se dire pour changer de l'image des trans comme victime.

Et puis ensuite, elle va à l'aéroport pour prendre l'avion pour la Thaïlande, mais y'a les flics qui l'embarquent et plutôt que d'aller en taule elle préfère se suicider, parce que quand même, un bon film trans est un film avec un·e trans mort·e, faut pas déconner, on se fait du blé sur le dos des trans sans vouloir en faire jouer, mais faudrait pas qu'ils·elles puissent en retirer quelque chose d'«empowering».

Bref, après s'être (et m'avoir) imposée ça, A. m'a regardée avec un air un peu penaud.

« T'en as pensé quoi ? ai-je tout de même demandé histoire de ne pas l'accabler.

– Je pense qu'il y a des balles dans le genou qui se perdent.

– Ouais,  ai-je approuvé.

– À propos de balle dans le genou, y'a une scène sympa dans Il était une fois au Mexique. On se le met, pour faire passer la pilule ?»

En fait, je crois que l'intérête principal des films faits sur des trans par des cisgenres, c'est que, comparativement à d'habitude, t'apprécies plus les pop-corns pour le film suivant.

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De l’usage du mot «travelo»

22 mars 2011

(Remarque préliminaire : l'anecdote racontée dans ce billet, bien que basée sur un évènement réel, est légèrement romancée)

L'autre jour, avec ma meuf, A., on est allées à une soirée métal plutôt chouette. Le genre d'évènements où je regrette d'avoir les cheveux courts et de pas pouvoir les agiter dans un headbanging frénétique, mais là n'est pas le sujet.

Alors que l'on rentrait à pied, discutant des avantages et des inconvénients des New Rocks par rapport aux rangers, deux petits mecs — par l'intellect plus que par la taille, puisqu'ils devaient faire à peu près la même que la mienne — se sont mis à nous insulter, du genre :

« Ouah, le travelo, on se croirait au bois de Boulogne ! Arf ! »

Le mot «pute» est également sorti de leurs bouche à au moins deux reprises, mais ce n'est pas celui-ci qui devait avoir de l'importance pour la suite de l'histoire.

Alors qu'on continuait à avancer sans répondre, A. s'est mise à ruminer.

« Les trouducs ! a-t-elle râlé. Tout ça parce que j'ai des bas trop résille et des ongles trop vernis et une jupe trop courte et des talons trop aiguille... »

Il convient de préciser que A. n'est, à l'ordinaire, pas vraiment susceptible aux insultes ; mais le mot «travelo», c'est différent. Elle ne supporte pas. C'est un peu comme traiter Marty Mac Fly de mauviette, si vous voyez ce que je veux dire.

Je lui ai tout de même fait remarquer que, pour la soirée métal sus-nommée, elle portait un treillis bleu-noir, les New Rocks qu'elle me défendait encore une minute plus tôt et un blouson en cuir pas hyper féminin.

« Merde, a-t-elle fait en s'arrêtant. C'est vrai. Et je me fait encore traiter de travelo comme ça ? C'est déprimant. J'ai vraiment un passing de merde.

— Je te parie vingt euros, ai-je dit pour la rassurer, qu'ils  utilisent ce terme parce qu'ils pensent que tu es une fille qui s'habille en mec, et pas l'inverse. »

A. m'a regardée avec un air sceptique, puis a fait un petit sourire.

« Tenu ! » a-t-elle dit, et on a fait demi-tour pour se diriger vers les deux connards, afin de savoir qui de nous deux avait raison.

Ils se sont remis à nous insulter en nous voyant nous approcher d'eux, mais nous sommes restées calmes et civilisées.

« Excusez-moi, braves gens, ai-je dit en continuant à avancer, mais mon amie et moi nous posions une question et nous comptions sur vous pour nous départager. »

Malgré mon approche courtoise, je n'ai eu droit qu'à de nouvelles invectives. L'un d'entre eux a même essayé de me peloter les nibards, mais je lui ai cassé deux doigts avant de le plaquer au mur en le tenant par la gorge, tandis que ma copine faisait une clé de bras au deuxième larron.

Je me suis alors souvenue des trois phrases à utiliser en cas d'auto-défense :

  1. je décris le comportement de mon agresseur ;
  2. je décris le sentiment que ce comportement provoque chez moi ;
  3. je fais une demande claire et concrète ;

et j'ai formulé ce que j'avais à dire en conséquence :

« Tu nous fais chier alors qu'on se promène tranquillement. Ça me donne envie de te couper les couilles et de te les faire bouffer. Réponds à ma question. »

Je lui ai ensuite demandé s'il avait traité A. de «travelo» parce qu'il pensait qu'elle était un mec déguisé en meuf, auquel cas je perdais vingt euros, ou si c'était parce qu'il la voyait comme une meuf déguisée en mec, auquel cas c'est moi qui gagnais l'argent.

« Mais n'importe quoi tes conneries ! a protesté le mec. C'est toi que j'ai traité de travelo, vu que t'es un gars qui porte une jupe ! »

Je suis restée bête quelques secondes. J'étais habituée à ce que certaines personnes pas très futées me prennent pour un mec ; c'était l'inconvénient d'être une grosse butch. Ce que je n'avais pas calculé, c'était que, pour la soirée métal, j'avais enfilé une longue jupe gothique en cuir noire.

Pas une jupe féminine, je précise. Une jupe de butch, avec sangles et tout le tintouin.

« C'est ridicule, ai-je soupiré. C'est elle qui est trans et c'est moi qui me fais traiter de travelo...

– Quoi ? a protesté A. Vas-y, ne te gêne pas, oute pas en face de deux connards, génial...»

Elle n'était pas contente. Elle considérait qu'elle était la seule personne qui avait le droit d'informer les autres du fait qu'elle était trans, et que le reste du monde n'avait qu'à fermer sa gueule.

Je la comprenais un peu : l'information, c'est comme un virus, il convient d'éliminer sa propagation dès le début.

« Je ne t'oute pas, ai-je protesté. Je parle juste à voix haute en face de deux cadavres... »

J'ai ensuite sorti le magnum que j'avais dans le blouson — le gros flingue, pas la glace au chocolat ni le grand moustachu – et ai abattu le mec qui était en face de moi, puis celui qu'A. maîtrisait.

Ma copine m'a regardée avec un air un peu surpris, ou peut-être que c'était le sang qui avait éclaboussé son visage qui me donnait cette impression, je n'en sais rien.

« Ben quoi ? ai-je demandé. Ils m'avaient traitée de pute et de travelo. C'est misogyne, transphobe et anti-pute. Je n'allais pas les laisser s'en tirer à bon compte. »

A. a levé les yeux au ciel, puis elle s'est mise à sourire.

« Mon Dieu, a-t-elle soupiré. Tu es encore plus susceptible que moi. »

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Comment ne pas réagir quand on apprend que sa copine est trans

27 janvier 2011

Bon, ce coup-ci ce billet va faire un peu recyclage, vu qu'il s'agit d'une version alternative d'un morceau de chapitre des mémoires que je suis en train d'écrire, que certain-e-s ont peut-être déjà pu voir dans la version originale sur mon autre blog, Enfants de Mars et de Vénus, plus centré sur des aventures qui me sont arrivées l'année dernière.

Et donc, dans l'optique de retravailler mon manuscrit avant de l'envoyer à un éditeur (puisque je veux faire partager ma life à des lect-eur-ice-s, je sais, je suis assez futile), il y a eu certaines coupes afin, grosso-modo, de moins s'attarder sur les trucs chiants (genre, «machine est trans, tu le savais ?») et plus sur les choses intéressantes (c'est-à-dire, principalement, les explosions, les motos, et les fusils à pompe).

Mais comme j'aimais quand même bien la version alternative, je n'avais pas envie de la jeter aux orties et la voici donc en exclusivité sur Yagg. Enjoy.

*****

C’est en rentrant chez moi que j’ai réalisé que les griffures que m’avait faites le facho étaient plus profondes que prévues : mon visage était en sang, et ça continuait à couler. J’avais même fait une tache sur mon tee-shirt. Je n’aurais jamais pensé que les skinheads avaient les ongles aussi longs.

J’ai mis quelques pansements sur mon visage et ai décidé de me regarder un film où des nazis se faisaient tabasser violemment, histoire de me défouler. J’ai mangé des chocolats devant ; ou plutôt, je m’en suis goinfrée jusqu’au stade où j’avais envie de vomir, ce que j’ai ensuite fait, et ensuite ça allait mieux.

Mon psy avait passé des tas de séances à m’expliquer qu’il fallait que j’exprime mes pulsions de manière plus saines qu’en compensant par la bouffe et la boulimie mais là, la seule alternative que je voyais niveau pulsion était de prendre mon flingue et d’aller retrouver ces trous du cul.

Je me suis vaguement demandée si mon psy aurait pu me faire un mot qui aurait tenu face à un tribunal, puis j’ai réalisé qu’il commençait à être tard et me suis décidée à laisser tomber mes idées noires et à partir pour le Black Angel.

Ce dernier était un peu, genre, le bar plutôt lesbien et un peu cool de la ville ; ce qui expliquait qu’il était aussi celui dans lequel je traînais le plus. C’est là qu’on s’était données rendez-vous avec Alys.

Je suis arrivée alors qu’il n’y avait personne que je connaissais, et me suis dit qu’il pouvait être intéressant de profiter de mon avance pour retirer les affreux pansements de mon visage. Je n’avais pas envie de ressembler à Toutankhamon.

À peine suis-je entrée aux toilettes que j’ai entendu Alys arriver dans le bar. Vu les voix que j’entendais, j’ai compris qu’elle était accompagnée de Max et de Cecilia. C’était sutout la présence de cette dernière qui me perturbait.

Une des raisons, pour commencer, était que je pouvais comprendre qu’on puisse avoir un nom ridicule, mais les trans le choisissaient plus ou moins, en général. Sérieusement, Cecilia ?

Je ne voyais vraiment pas pourquoi Max avait eu l’idée de malheur de vouloir sortir avec elle.

J’ai hésité à leur dire que j’étais là, mais d’un autre côté, j’avais encore mes pansements. Ça ne faisait pas hyper classe, et je ne voulais pas donner une mauvaise impression à Alys.

« Alors ? a demandé Cecilia de sa voix insupportable. Tu... euh, tu t’intègres bien ?

— Je ne suis pas très intégrée de manière générale », a répliqué Alys.

J’ai souri dans le miroir, puis j’ai entrepris de retirer un pansement et mon sourire s’est figée. J’avais des sales traces de sang sur la gueule, et un bleu à cause du coup que je m’étais pris. Putain, il n’aurait pas pu me frapper ailleurs ? Je n’avais pas peur de la douleur, mais je tenais à mon joli minois.

« T’as pu faire quelques connaissances ? a demandé Max. Depuis la dernière fois ?

— Ouais. D’ailleurs, j’ai un rendez-vous ce soir. C’est un peu pour ça que je suis venue ici, honnêtement. Elle ne devrait pas tarder.

— Un rendez-vous, genre, amoureux ?

— Genre, ouais.

— Et c’est qui ?

— Une butch hyper canon. Elle s’appelle Lev. Vous vous connaissez peut-être. »

Mon sourire est revenu. Butch hyper canon ? J’aimais bien qu’on parle de moi comme ça. J’avais peut-être bien fait de rester aux toilettes.

« Oh, oui, a fait Max. On se connaît.

— Lev ? s’est exclamé Cecilia. Lev la transphobe ? »

Ou peut-être que je n’avais pas si bien fait que ça, et que j’aurais mieux fait de me montrer dès le début, finalement. Entendre ses amis parler de soi quand ils croient qu’on n’est pas là peut entraîner de mauvaises surprises. Et pourtant, une sorte de force obscure me poussait à rester et à continuer à écouter.

La curiosité, je crois que ça s’appelle.

« Je ne sais pas, a dit Alys. Elle avait l’air plutôt cool avec moi. Si tu vois ce que je veux dire.

— Juste par curiosité, a demandé Max, tu lui as dit que tu étais trans ? »

J’ai cligné des yeux. Alys. Trans. D’un coup, un certain nombre de choses prenaient un sens différent. Comme le fait que les flics l’avaient appelée « monsieur », ou certaines phrases qui ressemblaient maintenant furieusement à des sous-entendus ou à des perches tendues.

C’était un peu comme les films à suspens où, à la fin, tout ce qu’on a vu avant prend son sens.

Enfin, avec un côté moins épique, quand même.

« Non, a-t-elle répondu après un temps d’hésitation. Pas vraiment. Ce n’est pas évident ? »

Super, et maintenant je passais pour une conne pour ne pas avoir capté dès le début. Ce n’était pourtant pas de ma faute si on ne m’avait pas donné les nouveaux codes : j’en étais restée aux transsexuelles en talons aiguille et avec... je ne sais pas, des accessoires de trans, tout ça. Le blouson en cuir et les paras aux lacets rouges n’étaient pas censés faire partie de l’accoutrement, pas plus que la tenue de garagiste.

Bon sang, ce n’était pas au sens littéral qu’elles étaient censées maquiller des voitures volées.

Si on ne pouvait plus faire confiance à ce qu’on voyait à la télé pour se repérer dans le monde réel, où allait-on ?

« Et tu comptes lui dire avant... euh, de coucher avec elle ? »

C’était la voix de Cecilia, qui semblait inquiète de ma réaction. Connasse.

J’ai décidé qu’il était peut être temps d’arrêter d’espionner depuis les toilettes et je suis ressortie, non sans avoir passé les écouteurs de mon baladeur pour pouvoir faire croire que je n’avais rien entendu.

« Salut », ai-je lancé, et les discussions ont subitement cessé.

Alys m’a fait un grand sourire pendant que j’enlevais mes écouteurs. J’ai alors réalisé qu’elle était encore plus grande que d’habitude, et ai remarqué que c’était dû à des talons-aiguilles impressionnants.

« Oh, mon Dieu, ai-je fait en voyant les godasses. Il n’y a pas une loi contre ça ?

— Quoi ?

— Genre, la loi de la gravité ?

— La gravité, c’est une construction sociale », m’a répondu Alys sur un ton très sérieux.

J’ai souri et l’ai embrassée, en me mettant sur la pointe des pieds.

« Il y a aussi la loi « ne pas dépasser Lev de plus de dix centimètres », ai-je ajouté. Et sinon, ai-je demandé sur un ton léger, vous discutiez de quoi ?

— De relations avec des trans, a répondu Cecilia sans chercher à mentir. Comment tu réagirais, toi ?

— Comment je réagirais à quoi ? » ai-je demandé avant d’avaler une gorgée de bière.

Alys a lancé un vilain regard à Cecilia, genre « on est obligés de partir sur ce sujet ? » mais, comme celle-ci avait la vigilance d’une huître, elle n’en a rien perçu.

« Si tu découvrais que la nana avec qui tu t’apprêtes à coucher est trans. On se disait que certaines personnes pouvaient être déstabilisées ou voir leur identité remise en cause et réagir de manière inappropriée. Tu en penses quoi ?

— Les mots « déstabiliser », « remise en cause » ou encore « manière appropriée » ne font pas franchement partie de mon vocabulaire. »

J’étais assez fière de ma répartie, sur ce coup-là.

« Je n’étais même pas sûr que le mot « vocabulaire » fasse partie de ton vocabulaire », a répliqué Max en collant sa tête contre l’épaule de Cecilia.

Mais évidemment, il fallait que cette connasse insiste.

« Vraiment ? a-t-elle demandé avec une voix trop douce pour être honnête. Tu n’irais même pas vomir en découvrant ça ?

— C’est quoi, ton problème, connasse ? » ai-je gueulé en reposant violemment mon verre sur le bar. Il n’a même pas eu la décence de se briser ; j’étais un peu déçue. « Moi non plus, j’irais pas vomir si j’avais le putain de tour de taille de Barbie ! »

Max a posé une main sur mon épaule, tandis que Cecilia reculait d’un pas, sans doute effrayée. De son côté, Alys se contentait de continuer à siroter son verre, manifestement décidée à ne pas intervenir.

« Lev ?

— Quoi !

— Ce qu’elle dit, a repris Max sur un ton calme, c’est une référence à des réactions de mecs dans ce genre de cas. Tu as vu The Crying Game ?

— Ouais, ai-je répondu en le dévisageant d’une manière agressive. Quel rapport, à part que le type a un tatouage de dragon et que j’en ai de serpent ? Il n’y a même pas de trans, dans le film. »

Il y a eu un petit blanc, puis Alys m’a fait un petit sourire gêné.

« Je crois que tu confonds avec Crying Freeman.

— Oh.

— Donc, tu n’as pas vu The Crying Game ? a demandé Max.

— Non ! Je sais, je suis grosse, je ne mange pas équilibré, je me fais vomir et je ne regarde pas vos films intellos de merde. Vous avez un problème avec ça ?

— Je ne vois pas en quoi le chocolat n’est pas équilibré, a protesté Alys sur un ton léger. C’est un peu comme un fruit, finalement, non ? »

Tous les regards se sont tournés vers elle, ce qui a dû la motiver à prendre un peu plus part à la conversation.

« Et, d’un point de vue cinématographique, il y a une scène assez similaire à « je vomis en découvrant que la fille canon est trans » dans Ace Ventura. Quoiqu’il me semble qu’il se contente de cracher et de se laver les dents.

— Merci, ai-je dit en me calmant un peu. Donc, ce n’était pas une attaque mesquine ?

— Honnêtement, a répliqué ma copine, je préférerais ne pas prendre partie dans votre truc et me limiter à la diététique et au cinéma.

— Ce n’est pas une attaque mesquine, a repris Cecilia d’un ton sec. Ou alors, juste sur le fait que tu sois une trou du cul agressive, parano et transphobe. »

J’ai soupiré, un peu lasse.

« Agressive, je veux bien admettre. Trou du cul, peut-être un peu. Parano, mettons, aussi, même s’il y a vraiment des gens qui m’en veulent. Transphobe, à la limite. Mais personne, personne, ne se fout de mon poids, pigé ?

— Ce n’était vraiment pas la question, a soupiré Max. Tout ce que voulait savoir Cecilia, c’est s’il était envisageable que tu puisses faire l’amour à une trans. »

J’ai haussé les épaules d’un air insouciant, tout en essayant de trouver une phrase cinglante.

« Non, ai-je finalement répondu. Je ne fais pas dans l’amour. »

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Un homme lesbien, une triplex (aussi)

19 janvier 2011

Histoire de parler de trucs un peu plus comiques que d'habitude, je me suis dit que ça serait intéressant de parler de l'homme lesbien.

Alors, qu'est-ce qu'un homme lesbien ? À première vue, ça a l'air idiot, et parfois les premières impressions sont les bonnes.

On pourrait se rappeler que le mot «lesbien» ou «lesbienne» vient à l'origine de l'ile de Lesbos, quelque part dans la Méditerranée, et que du coup un «homme lesbien» sert à désigner un type qui vient de cette île et qu'il n'y a pas de quoi en faire un plat.

Seulement, en fait, ce n'est pas l'usage qui en est fait. Non, il y a vraiment pour utiliser le «lesbien» de «homme lesbien», comme ben, dans «lesbienne».

Là, normalement, si on a deux neurones qui connectent, on se dit que c'est un peu un oxymore, c'est-à-dire qu'à la limite ça peut être utilisé par des poètes maudits comme l'expression «soleil noir» mais qu'en vrai on sait bien que ça n'existe pas parce que le principre d'être lesbienne c'est quand même à un moment que t'as pas une position sociale de mec. Sinon, le fait d'être attirée par des meufs fait juste de toi un mec hétéro, et d'être attiré par les gouines un mec hétéro relou avec les gouines, mais certainement rien de «lesbien».

Ben non, même pas, t'as vraiment des types qui vont estimer qu'ils sont des «hommes lesbiens». Des vrais types, qui existent vraiment. Si, si.

La logique, derrière tout ça, c'est de dire qu'un homme lesbien, c'est en fait un homme hétéro qui vit «dans le même état d'esprit qu'une lesbienne».

Alors, là, je me dis qu'à la limite dans cette logique là on pourrait envisager de désigner, mettons, un type comme ça :

(Pour les incultes, c'est Clay Morrow, leader des Sons of Anarchy, joué dans la série éponyme par Ron Pearlman)

C'est-à-dire un type qui porte tout le temps du cuir, qui roule en Harley, qui fume le cigare et, bref, qui a quand même une certaine classe. Sans compter qu'il bute d'autres mecs, ce qui, comme le remarque avec justesse Valérie Solanas, est toujours un point positif.

Bref, le mot «lesbien» ne serait pas spécialement approprié vu que ça reste quand même un mec, mais au moins ça aurait le sens de «qui a la classe» et à l'extrême-limite, que ce soit synonyme de «lesbien», on pourrait peut-être l'envisager, parce que dans l'absolu c'est vrai que les gouines ont la classe.

Mais non, n'allez pas imaginer que c'est le sens d'«homme lesbien». Non, un homme lesbien, selon les types qui se revendiquent de cette identité et les collabos qui l'acceptent, c'est un type qui :

  • est «d’une très grande sensibilité ce qui le fragilise» (non mais sérieux, il a déjà rencontré des gouines en vrai? franchement, écirre ça, c'est un peu demander à se faire fragiliser des genoux à coups de batte de base-ball par une lesbienne sensible);
  • «s’oppose à toutes valeurs machistes ou de supériorité, de domination» (ou en tout cas il le croit, parce que la façon de s'approprier une identité liée à une oppression que tu vis pas et où t'es plutôt du mauvais côté de la barricade, c'est pas du tout un truc de domination, hein)
  • n'a pas de sexualité avec pénétration (parce que c'est bien connu les gouines peuvent pas kiffer ça, elles se contentent de se caresser les cheveux)
  • en résumé, calque un peu un ensemble de préjugés lesbophobes sur ce que c'est que d'être «lesbienne» et du coup imagine qu'il peut dire qu'il est «lesbien» comme si ça avait le moindre sens.

Après, je crois que ce qui m'étonne le plus avec l'homme lesbien et les autres conneries du genre (on citera, en vrac, les «hétéro-queers», les «trans dans un corps de bio» et autre «biotrans», et je ne me fais pas d'illusion que d'autres seront capables d'inventivité), c'est pas tant que des mecs hétéros aient inventé ça (après tout c'est aussi des mecs héétros qui ont inventé des trucs aussi débiles que les clubs de supporters de foot, les emballages «faciles à ouvrir» où t'as pas moyen de pas en foutre partout,, ou encore le Segway, donc c'est pas si étonnant de leur part) ; non, ce que je trouvé déprimant, c'est que dans les milieux LGBT il y a encore des personnes pour trouver ça super cool, queer, trop bien, youpi, faut pas critiquer, t'es trop violente, range ta triplex, les pauvres petits ils sont opprimés par les gouines, en fait, c'est l'auto-définition, c'est super, on est tous potes, on vit tous les mêmes choses, c'est génial, bisou bisou gentil bisounours.

Bref, quand je vois un type qui, alors qu'il profite de tous les privilèges de mec hétéro, se dit «lesbien» parce qu'il n'est pas une caricature de gros connard macho (on va pas lui donner une médaille non plus) et qu'il aime la douceur et que du coup il se sent légitime à se dire «lesbien», ben j'ai quand même un peu envie de lui montrer à quel point je peux être «douce» par moment quand on m'agresse les oreilles en racontant des conneries.

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Des difficultés à avoir une copine trans

13 janvier 2011

Comme ça faisait longtemps que je n'avais pas fait un billet ici, je m'étais dit qu'il était temps de parler d'une grande difficulté pour une gouine comme moi, c'est-à-dire, le fait d'avoir une relation avec une fille trans.

Ce qui en soi, bon voilà, ne devrait pas forcément poser énormément de problèmes si on vivait dans une société parfaite. Le problème, c'est que, je ne sais pas si vous l'avez remarqué, mais ce n'est pas le cas. Déjà, premier indice, il y a des mecs, ce qui ne serait pas le cas dans le monde idéal, mais bon, là, je digresse.

Revenons-en à nos moutons : je pense qu'il y a en gros deux types de problèmes qui peuvent se poser aux personnes qui sont dans cette situation (c'est-à-dire, en gros, être  une personne cisgenre en relation avec une personne trans) : d'abord, ceux qui viennent de la personne elle-même, parce que le fait de coucher avec une trans lui fait se poser des questions existentielle ; et ensuite ceux qui viennent du reste du monde.

Alors, évidemment, je parlerai surtout de la seconde catégorie, parce que, vous l'aurez peut-être remarqué, je n'ai pas une gueule à me poser des questions existentielles, et qu'à l'inverse j'ai une certaine tendance à avoir du mal avec le reste du monde.

Donc, je séparerai cette grande analyse théorique en deux parties, d'abord : celles qui n'y pigent rien façon «tu couches avec une trans ? alors t'es hétéra !», et ensuite celles qui font chier à te traiter de transphobe à la moindre remarque.

1) Celles qui n'y pigent rien

Celles qui n'y pigent rien, c'est celles qui font te féliciter/te réprimander parce que tu es devenue hétérosexuelle, vu que ta nouvelle copine a été un garçon il y a longtemps.

Bon, alors là, je suis désolée, mais il y a un petit problème de logique : si je suis hétéra parce que ma copine a été un garçon, ben autant charger la mule et dire que je suis pédophile, parce qu'elle a aussi été un enfant, hein, et que du coup c'est ça qui m'attire et que c'est pour ça que je suis avec elle.

C'est cela, oui.

Des fois, c'est des «gouines» (notez les guillemets) qui couchent avec des transboys qui te sortent ça, en plus. Et pas genre «je sors avec un transboy une fois mais je continue à être gouine», non, «je sors avec que des transboys et je continue à être gouine». Ben non, sortir avec que des mecs, pour le coup, là, ça s'appelle vraiment être hétéra, il faut arrêter de déconner.

Et ouais, y'a l'argument qui tue : ouais, mais avant c'était des meufs, alors ça va, on reste gouine, hein, bon.

Remarquez, c'est pratique, avec la meme logique on peut justifier qu'on n'est pas nécrophile : «mais non, je te jure, il y a encore deux semaines c'était pas du tout un cadavre».

Après bon, t'en as aussi qui te sortent les organes sexuels de ta copine (au sens figuré, hein, c'est pas vraiment des bouchères nécrophiles, en général) pour t'expliquer que t'es pas une vraie lesbienne ; en même temps vu que pour les mêmes personnes la plupart du temps une relation sexuelle lesbienne consiste à se caresser les cheveux et à se faire un shampoing, je ne comprends pas trop la logique.

2) Celles qui font chier

Bon, c'est un peu vague comme titre vu que techniquement, la première catégorie fait chier aussi, mais là je vais parler des emmerdes venant de meufs qui pour le coup sont super militantes trans-friendly, ou, pire, militantes trans, et qui du coup t'expliquent que t'es transphobe.

Tout ça parce que, genre, dès que tu parles de relation avec des trans tu fais des parallèles avec la pédophilie et la nécrophilie.

Et du coup, quand les trans s'imaginent que t'es transphobe (alors que c'est pas du tout vrai, la preuve, j'ai une amie trans), elles peuvent avoir plusieurs types de réactions :

  1. te faire la gueule et arrêter de te parler ;
  2. jouer la provoc pour voir comment tu réagis ;
  3. te poser des super questions politiques relous.

1) Te faire la gueule et arrêter de te parler

Le premier cas, je ne m'attarderai pas dessus parce que finalement c'est encore ce qui est le moins grave vu que, de toute façon, j'aime pas plus que ça parler aux gens.

2) Jouer la provoc pour voir comment tu réagis

Alors, par exemple, imaginons (c'est complétement hypothétique) que j'ai été bourrée et que j'ai pas fait gaffe et ai utilisé le mot «mutilation» pour parler d'opération diverse. Eh ben en général, ça ne manque pas, la prochaine fois que je recroise les personnes trans choquées par mes propos, pour peu qu'elles aient été opérées, il faut qu'elles me détaillent à fond leur chirurgie en espérant me choquer et me dégoûter, surtout si on est à table.

Alors déjà, l'optique de me dégoûter quand je bouffe, c'est un truc qui marche pas. Oubliez.

Ensuite, sur le fond, je trouve ça plutôt sympa, comme jeu, mais le problème c'est que quand je veux jouer à mon tour à détailler ma scarification sur le bras ou comment je me suis fait refaire le nez après une baston ou encore les vis que j'ai dans le pied, ben là, non, ça compte pas, c'est pas des chirurgies trans, alors je peux pas jouer au concours de «qui a la chirurgie la plus fun».

Et ça, c'est quand même vraiment pas juste et frustrant.

3) Te poser des questions super politiques relous

Ça, c'est plutôt les meufs militantes, qui ont eu l'impression que t'étais transphobe et du coup te posent des questions du genre :

Janice Raymond considèrent que les meufs trans sont en réalité des mecs agents du patriarcat qui veulent infiltrer le mouvement féministe. Tu en penses quoi ?

Alors, bon, ça me gêne pas dans l'absolu, et en général quand tu réponds:

Ben, moi déjà je m'appellerais «Raymond», je jouerais pas à dire qui est en réalité un mec, hein, et puis bon, je vois pas trop pourquoi des mecs transitionneraient pour infiltrer le mouvement féministe alors que c'est tellement plus simple d'y envoyer leurs meufs hétéras.

Ben en général après ça au moins pendant un temps elles ne me traitent plus de transphobe et se contentent soit de soupirer soit de trouver que je ne suis pas très gentille avec les hétérosexuelles. Jamais contentes, quoi.

Bref, tout ça pour dire que ce n'est pas facile d'avoir une copine trans, c'est pas toujours évident, surtout quand tu vis dans un monde de ploucs pas drôles.

En même temps, je ne me plains pas, j'imagine qu'être trans et m'avoir comme meuf, ça doit pas spécialement être évident tout le temps et je crois bien que A., des fois, a un peu honte de moi, genre quand elle fait semblant de ne pas me connaître à certaines réunions féministes.

Heureusement qu'il y a des militantes trans féministes qui ont sorti le slogan «Plutôt transphobe que translover», parce que sinon, j'aurais un peu honte.

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