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Tomber la culotte

14 octobre 2011

Il y a un bouquin de Disque-Monde où une des protagonistes est une sorcière BadAss qui a trop la classe, Mémé Ciredutemps. Mémé Ciredutemps aurait voulu être une méchante sorcière, mais comme sa soeur, pensant elle-même faire le bien et être trop cool, a viré du côté obscur, Mémé Ciredutemps se retrouve à devoir être la gentille. Et ça la fait chier.

Ben, moi, c'est un peu pareil. Par exemple, quand j'avais fait ce blog, j'avais un peu l'idée de faire des billets tendancieux et notamment de passer pour la grosse connasse transphobe de service, voyez ? Sauf que voilà, c'est la communauté LGTeuBé, et que du coup, vu le nombre de crétins qui pensent sincèrement être trans-friendly mais qui font de la merde, ben je me retrouve à devoir être dans le rôle de la gentille. Et ça, vous vous en doutez, ça me fait chier ma mère comme c'est pas possible.

Heureusement, c'est pas parce qu'on est le camp des gentils qu'on doit être sympa.

Bref, je voulais parler de la brochure «Tomber la culotte», brochure pour les lesbiennes, pardon, les femmes qui aiment les femmes. À première vue, on peut se dire que c'est top : c'est vaguement zoli, pour une fois y'a un peu moins le côté «Manger bouger, la consommation excessive d'alcool nuit à la santé, fumer tue» qu'on retrouve dans certaines brochures, et ça peut même paraître plus inclusif, notamment sur les questions trans : on voit quelques photos, mêmes de meuf trans, manifestement y'avait unE photographe qui voulait faire un peu de visibilité là-dessus, et on peut se dire que c'est plutôt chouette.

Bon, par contre au niveau de la rédaction, c'est pas ça, oh, y'avait sans doute des bonnes intentions : ça apparait même dans le glossaire, enfin, FTM et MTF, on va pas parler d'hommes et de femmes trans, les trans ça doit être trop queer pour être genré, tandis qu'on n'arrête pas de parler de «femmes» pour les lesbiennes, tant pis pour Monique Wittig.

Ce qui est assez cohérent avec la définition du «sexe» selon cette brochure : «Se réfère aux caractéristiques génétiques, biologiques et physiologiques qui différencient les hommes des femmes». Non, c'est pas du tout essentialiste comme définition des «hommes» et des «femmes».

Bon, après sur le contenu de la brochure, ça va pas trop parler des lesbiennes trans, ça c'est sûr, apparemment faut être cis pour être lesbienne. Bon, c'est pas très cool pour les meufs trans, mais je vous vois venir : c'est vrai que le but d'une telle brochure c'est d'éviter la transmission des Infections Sexuellement Transmissibles, et vu comment les meufs trans sont considérées baisables dans le milieu lesbien, c'est vrai que les lesbiennes trans courent pas trop de risques à ce niveau là.

Après, là où cette brochure fait fort, c'est que je pense qu'elle peut faire regretter aux personnes trans l'époque bénite où les lesbiennes cis ne parlaient pas du tout d'eux et d'elles. Parce que là, y'a aussi un passage qui explique que

«Avoir des rapports sexuels avec des femmes n’exclut ni la possibilité d’une sexualité avec des hommes et/ou des personnes trans’»

(c'est pas comme si environ la moitié des personnes trans étaiens elles-même des femmes, mais bon, hein) ou encore, dans le même genre :

«Une autre pourra se considérer comme homosexuelle, revendiquer une identité lesbienne, et avoir des rapports sexuels parfois ou souvent avec des hommes et/ou des personnes trans’ ( ft*/mt*)»

Là, c'est un peu mis noir sur blanc que les meufs trans (pardon, les «mt*», on va quand même pas parler de meufs) sont, pour une lesbienne, à mettre sur le même plan qu'un gars. Classieux, hein ? Bon, en même temps, je suis pas sûre que, dans cette brochure, les meufs trans soient les plus à plaindre :

«Karine 39 ans :
Je suis lesbienne, et c’est important pour moi d’être visible en tant que telle au moins dans ma communauté. Mais mon ami est trans ftm*. Nous sommes donc perçus comme un couple hétérosexuel, il n’est pas toujours évident pour moi de devoir « outer »* mon ami pour être reconnue par mes paires.»

Je sais pas trop ce qui est le pire : considérer que, quelque part, si c'est un mec trans, ça permet une «reconnaissance» du lesbianisme, ce qui revient quand même un tout petit peu à dire qu'un mec trans reste une meuf, ou que cette pauvre «lesbienne» soit obligée d'«outer» son copain, trop dur pour elle, c'est pas pour lui que ça doit être pénible.

Bref, voilà, comment ce qui devait sans doute être de bonnes intentions d'«inclusion des trans» se révèle simplement de la transphobie, ou, dit autrement, comment une brochure qui avait l'air d'être au top s'avère au final, comme la courbe bleue, merdique.

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17 Commentaires sur “Tomber la culotte”

  1. J’ai bloqué aussi devant le témoignage de Karine…

  2. Cela dit, quand on voit la liste des auteures, on comprend tout de suite (quand on connaît les bestioles, évidemment). A peu près que des nanas bio qui haïssent les trans, ne peuvent plus trop le dire en temps normal, pasque c’est pas correct – mais se rattrapent si jamais elles peuvent inventer une occasion. J’ai testé pour vous.

    Je n’aime pas les termes en « …phobe », pour moi ça ne veut rien dire et ça noie les questions. Là je crois qu’on peut parler de haine fébrile et (plus ou moins bien) rentrée. Qui ne demande qu’à sortir.

    Plume

  3. La prochaine étape, publier cette note aux gens concernés de « tomber la culotte » sur Facebook et avoir une réponse ? Parce que c’est bien joli de dégommer les gens qui essayent de se bouger le cul pour faire évoluer les choses (ces « bestioles » font quand même parties de Sida Infos Service et du Kiosque Sida, c’est surement qu’accessoire à vos yeux) mais sans réponse de leur part c’est comme tirer sur une ambulance.

  4. Caro : Là c’est tout de même l’ambulance qui a tiré la première, sur les « patientEs »…

    Cela dit, oui, il faut faire remonter ces critiques à Sida Info Services, et d’urgence.

  5. en gros, y’a encore du boulot quoi….

  6. Yiu : Ce qu’il y a c’est que ce boulot est fait depuis des années (j’ai bossé dès 2004 ou 2005 avec SIS localement, entre autres sur ces questions-là), mais qu’il faut apparemment sans cesse recommencer devant leur « amnésie » récurrente.

  7. Je me demande qui sont les plus haineuses et Transphobes …
    Je vous rappelle, qu’un Trans’ ftm est un mec et une Trans’ mtf une meuf si il et elle se reconnaissent comme telLE. Or, bon nombre de Trans’ sont (et veulent rester) Trans’ et ne se reconnaissent pas dans la binaritié du genre qu’on souhaite leur imposer.
    En ignorant les ft* et les mt* on réafirme cette binarité … tout ça pour ça ?!
    Donc à mon avis, Plume et les autres, ça serait pas mal de vous poser la question suivante : suis-je transphobe ?

    Et moi je tiens à remercier les auteures qui ont fait un beau boulot respectant MON identité de ft* que je revendique … et non je ne suis pas un mec … Ca vous gêne?

  8. Ben je suis lesbienne et comme pas mal je me définis pas comme femme non plus, Monique Wittig tout ça… pourtant y’a plein de moment ou cette brochure parle des «femmes» en général sans mettre les lesbiennes à part. Là ça gêne personne, on dirait.

    Par contre pour les personnes trans c’est différent, y’a genre hommes, femmes et personnes trans, sans faire gaffe qu’il y a pas mal d’hommes et de femmes trans et que du coup ça participe d’une tendance globale à l’exotisation des personnes trans comme un «troisième sexe». En vrai ce serait «hommes, femmes ,autres», ça m’irait, moi c’est le truc de mettre les personnes trans (et uniquement elles) systématiquement comme «autres» qui me gave.

    «Et moi je tiens à remercier les auteures qui ont fait un beau boulot respectant MON identité de ft* que je revendique … et non je ne suis pas un mec … Ca vous gêne?»

    Ben ouais, c’est cool, ton identité c’est à peu près celle qui est (relativement) bien respectée par ce genre de lesbiennes cis : t’as pas à te taper de voir ton identité de mec non-respectée comme un mec trans le subirait, et t’as pas à te taper d’être complétement invisibilisée, de voir que ton corps est jamais représentée ou simplement mentionné comme une lesbienne trans le subirait (parce qu’à un moment y’a les phrases qui sont mentionnées dans le billet, mais le simple fait de parler que des lesbiennes qui ont un vagin, ça en soit c’est déjà transphobe). Du coup, je comprends que ça soit tentant d’avoir une position de collabo, parce que c’est pas toi qui te fait avoir dans l’histoire.

  9. Comme d’hab @lev, j’adore tes articles :)

  10. Pour info : C. Genon de SIS est largement sensibilisée aux questions trans et est même venue à des réunions d’associations trans.

  11. (Commentaire supprimé)

  12. Pourrais-je savoir pourquoi mon message, formulé dans des termes beaucoup plus respectueux que ceux publiés sur ce blog a été supprimé?
    Je ne trouve pas cela loyal du tout… Accuser et ne permettre aucun droit de réponse; fermer définitivement toute possibilité de dialogue avec ses contradicteurs potentiels… A croire que vous êtes vraiment à court d’arguments!

  13. Les auteures de cette brochure annoncent la couleur dès la couverture: « pour les lesbiennes, bies et autres curieuses… » C’est clairement une brochure qui s’adresse d’abord aux femmes en raison de leur sexualité, de leurs pratiques. Qu’il soit regrettable que les trans’ soient encore les oublié-e-s de la prévention, c’est un fait. Mais on ne peut pas demander à une brochure ciblée de couvrir toutes les identités. Et plusieurs associations trans’, comme Chrysalide à Lyon, ont commencé à produire des brochures.

  14. Ce qui est surtout regrettable, c’est que quelqu’un qui se targue d’être journaliste d’un site LGBT n’a toujours pas compris qu’on peut être « lesbiennes, bies et autres curieuses » ET « trans »… Que non, on n’est pas forcément lesbienne OU trans, et que lesbienne n’est pas forcément un synonyme de cisgenre.
    Je ne vois pas en quoi ça serait trop demander qu’une brochure ciblée soit justement ciblée sur la population qu’elle prétend toucher, et pas sur la population qu’elle prétend toucher moins les trans… Les lesbiennes cisgenres connaissent pourtant aussi assez bien les effets de l’invisibilité, et savent très bien en quoi l’invisibilisation est un proccessus actif mis en place par les catégories dominantes pour asseoir leurs privilèges…

  15. Bonjour à tou-te-s,

    si je comprends bien ce qui tu dis SH, la brochure n’inclut pas suffisamment une visibilité des personnes trans’ qui s’identifieraient comme lesbienne ou bisexuelle. Tout en considérant par ailleurs que l’on doit simplement les considérer comme lesbiennes.

    Ça devient un peu compliqué non ? les visibiliser sans les distinguer. Sauf erreur de ma part, des personnes trans lesbiennes sont présentes sur les illustrations du document, non ? mais aurait il fallut que les auteur-e-s le précisent ou simplement considérer qu’elles sont lesbiennes ?

    Et est ce que faire un focus sur les femmes trans’ qui s’identifient comme lesbiennes n’aurait il pas de nouveau été considéré comme de la transphobie puisque cela les aurait extraites des populations lesbiennes… ??

  16. CourtneyL:

    Quand on ne parle que du corps des meufs cis, c’est dur pour une meuf trans de penser qu’on parle aussi d’elle et qu’on l’inclut dans les destinataires. Quand à chaque fois qu’on parle de «trans» dans une brochure, c’est mis comme en dehors de «femme» et «lesbienne», ça aide pas non plus à penser que celles qui sont «lesbiennes» ET «trans» sont incluses.

    Après, ouais, y’a une photo. Chouette. (d’ailleurs ce billet a l’air d’en parler dans les points positifs). Sauf que ça suffit pas pour rattraper le reste, au mieux ça fait une caution, super.

  17. Plutot ok avec vous globalement mais y’a un truc qui me fait tiquer là ..les « bestioles » concernées ..je ne sais pas d’où vous les connaissez mais je crois (et même je sais de source sure) qu’elles sont plutôt pas du tout phobes de qui que ce soit. Erreur sur les personnes qui sont je crois très au fait des questions Trans. Après c’est une brochure ciblée en effet et elles annoncent la couleur dès le départ..après oui il y a toujours un manque concernant les Trans lesbiennes gays bis ..

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