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De l’usage du mot «travelo»

22 mars 2011

(Remarque préliminaire : l'anecdote racontée dans ce billet, bien que basée sur un évènement réel, est légèrement romancée)

L'autre jour, avec ma meuf, A., on est allées à une soirée métal plutôt chouette. Le genre d'évènements où je regrette d'avoir les cheveux courts et de pas pouvoir les agiter dans un headbanging frénétique, mais là n'est pas le sujet.

Alors que l'on rentrait à pied, discutant des avantages et des inconvénients des New Rocks par rapport aux rangers, deux petits mecs — par l'intellect plus que par la taille, puisqu'ils devaient faire à peu près la même que la mienne — se sont mis à nous insulter, du genre :

« Ouah, le travelo, on se croirait au bois de Boulogne ! Arf ! »

Le mot «pute» est également sorti de leurs bouche à au moins deux reprises, mais ce n'est pas celui-ci qui devait avoir de l'importance pour la suite de l'histoire.

Alors qu'on continuait à avancer sans répondre, A. s'est mise à ruminer.

« Les trouducs ! a-t-elle râlé. Tout ça parce que j'ai des bas trop résille et des ongles trop vernis et une jupe trop courte et des talons trop aiguille... »

Il convient de préciser que A. n'est, à l'ordinaire, pas vraiment susceptible aux insultes ; mais le mot «travelo», c'est différent. Elle ne supporte pas. C'est un peu comme traiter Marty Mac Fly de mauviette, si vous voyez ce que je veux dire.

Je lui ai tout de même fait remarquer que, pour la soirée métal sus-nommée, elle portait un treillis bleu-noir, les New Rocks qu'elle me défendait encore une minute plus tôt et un blouson en cuir pas hyper féminin.

« Merde, a-t-elle fait en s'arrêtant. C'est vrai. Et je me fait encore traiter de travelo comme ça ? C'est déprimant. J'ai vraiment un passing de merde.

— Je te parie vingt euros, ai-je dit pour la rassurer, qu'ils  utilisent ce terme parce qu'ils pensent que tu es une fille qui s'habille en mec, et pas l'inverse. »

A. m'a regardée avec un air sceptique, puis a fait un petit sourire.

« Tenu ! » a-t-elle dit, et on a fait demi-tour pour se diriger vers les deux connards, afin de savoir qui de nous deux avait raison.

Ils se sont remis à nous insulter en nous voyant nous approcher d'eux, mais nous sommes restées calmes et civilisées.

« Excusez-moi, braves gens, ai-je dit en continuant à avancer, mais mon amie et moi nous posions une question et nous comptions sur vous pour nous départager. »

Malgré mon approche courtoise, je n'ai eu droit qu'à de nouvelles invectives. L'un d'entre eux a même essayé de me peloter les nibards, mais je lui ai cassé deux doigts avant de le plaquer au mur en le tenant par la gorge, tandis que ma copine faisait une clé de bras au deuxième larron.

Je me suis alors souvenue des trois phrases à utiliser en cas d'auto-défense :

  1. je décris le comportement de mon agresseur ;
  2. je décris le sentiment que ce comportement provoque chez moi ;
  3. je fais une demande claire et concrète ;

et j'ai formulé ce que j'avais à dire en conséquence :

« Tu nous fais chier alors qu'on se promène tranquillement. Ça me donne envie de te couper les couilles et de te les faire bouffer. Réponds à ma question. »

Je lui ai ensuite demandé s'il avait traité A. de «travelo» parce qu'il pensait qu'elle était un mec déguisé en meuf, auquel cas je perdais vingt euros, ou si c'était parce qu'il la voyait comme une meuf déguisée en mec, auquel cas c'est moi qui gagnais l'argent.

« Mais n'importe quoi tes conneries ! a protesté le mec. C'est toi que j'ai traité de travelo, vu que t'es un gars qui porte une jupe ! »

Je suis restée bête quelques secondes. J'étais habituée à ce que certaines personnes pas très futées me prennent pour un mec ; c'était l'inconvénient d'être une grosse butch. Ce que je n'avais pas calculé, c'était que, pour la soirée métal, j'avais enfilé une longue jupe gothique en cuir noire.

Pas une jupe féminine, je précise. Une jupe de butch, avec sangles et tout le tintouin.

« C'est ridicule, ai-je soupiré. C'est elle qui est trans et c'est moi qui me fais traiter de travelo...

– Quoi ? a protesté A. Vas-y, ne te gêne pas, oute pas en face de deux connards, génial...»

Elle n'était pas contente. Elle considérait qu'elle était la seule personne qui avait le droit d'informer les autres du fait qu'elle était trans, et que le reste du monde n'avait qu'à fermer sa gueule.

Je la comprenais un peu : l'information, c'est comme un virus, il convient d'éliminer sa propagation dès le début.

« Je ne t'oute pas, ai-je protesté. Je parle juste à voix haute en face de deux cadavres... »

J'ai ensuite sorti le magnum que j'avais dans le blouson — le gros flingue, pas la glace au chocolat ni le grand moustachu – et ai abattu le mec qui était en face de moi, puis celui qu'A. maîtrisait.

Ma copine m'a regardée avec un air un peu surpris, ou peut-être que c'était le sang qui avait éclaboussé son visage qui me donnait cette impression, je n'en sais rien.

« Ben quoi ? ai-je demandé. Ils m'avaient traitée de pute et de travelo. C'est misogyne, transphobe et anti-pute. Je n'allais pas les laisser s'en tirer à bon compte. »

A. a levé les yeux au ciel, puis elle s'est mise à sourire.

« Mon Dieu, a-t-elle soupiré. Tu es encore plus susceptible que moi. »

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5 Commentaires sur “De l’usage du mot «travelo»”

  1. Et réellement ça s’est passé comment ? x)

  2. Magnum : pas la glace ni le grand moustachu : MDR

  3. Bonsoir,
    punaise, je suis désolé pour ce qui vous est arrivé.

    Je prends bonne note du sens de la répartie que vous avez eue, ce soir-là.

    Sinon, oui, je vois totalement ce que vous vouliez dire avec Mc.Fly car j’ai vu le deuxième volet de Back to the future aujourd’hui (et le premier il y a une semaine tout juste) et je vais voir le dernier le WE prochain.

    Bonne continuation !

    PS : vous ne devriez pas porter du cuir, si vous me permettez. Le cuir, c’est de la peau… Donc, du meurtre d’innocentes créatures.

  4. Ca se voit à mort qu’elle est romancée cette histoire… Comme si Lev était du genre à réfléchir à des concepts d’autodéfense avant de sortir son gun… Pfff, c’est pas crédible…
    Puis tout à fait d’accord avec le commentaire précédent : Je propose que Lev se mette dès à présent à porter du coton équitable biologique, si possible barriolé…

  5. Classe, classe ; décidément j’aime souvent bcp, bien que je sois aussi peu littéraire qu’il soit possible de l’être (si !)

    Tout cela nous ramène quand même un peu à Hothead Paisan, nan ?

    Je crois que j’aurais eu ma période HP si je m’étais pas foutue à la rue. Peut-être contre plus de gentes qu’on imagine mais bon, c’est ça l’universalisme appliqué !

    Bien à toi
    P

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