Publicité

Soirée Apocalipstick à Lille

8 février 2012

 

 

Puisqu’on me l’a demandé gentiment, je relaye cette information concernant une soirée à Lille, en non-mixité meufs trans et gouines.

 

Apocalipstick vient de se créer et pour fêter ça organise une soirée trop la classe en non-mixité meufs trans et/ou gouines. Au progamme, bar, boum, bouffe… bonheur ! C’est le vendredi 10 février à 21h au Centre LGBTQIF de Lille (19, rue de Condé, Métro porte d’Arras) Faites tourner à vos copines !

Voici une petite présentation du groupe :

Nous en avions marre d’être invisibles et inaudibles ou examinées au microscope exotisant par :

  • des pénibles en mal de relations sexuelles distrayantes
  • des militants qui veulent nous transformer en barbies subversives pour faire caution dans leur vitrine théorique
  • des curieux/curieuses qui nous prennent pour des moteurs de recherche à leur disposition sur les questions trans et lesbiennes
  • des sociologues tout frétillants d’avoir dégoté le dernier sujet à la mode.

Nous en avions marre d’être mal à l’aise ou poussées vers la sortie (plus ou moins pernicieusement) d’espaces et/ou de groupes qui sont aussi les nôtres.

Nous en avions marre d’être obligées de mettre de l’adoucissant quand on passait nos oppresseurs à la machine sous prétexte que « les pauvres petits, quand même… » .

Nous avions envie de lutter entre copines, sans avoir à nous censurer, sans complaisance vis à vis des dominants et sans attendre leur validation.

Apocalipstick est un groupe féministe matérialiste en non-mixité meufs trans et/ou gouines. Apocalipstick est un groupe autonome qui lutte contre la société hétéropatriarcapitaliste, raciste, cissexiste et validiste (et ouais, carrément !)

0   |

Il faut pousser la logique jusqu’au bout, Herr Doctor

25 janvier 2012

Peut-être avez-vous entendu parler de ce fabuleux médecin, chef de service à l’établissement français du sang (vous savez, là où ils récupèrent votre sang pour le transfuser à d’autres gens, je parle pas d’un obscur groupe de fans de vampires), qui a déclaré, grosso-modo, que l’exclusion des gays (et non pas des homos de façon générale, ça revient un peu à invisibiliser les lesbiennes de dire ça)  du don du sang était justifiiée parce qu’un vagin était fait pour avoir des relations sexuelles, et pas un anus.

En dehors du débat sur la pertinence de vouloir établir ce qui est fait pour quoi (à la base, Internet était fait pour les militaires, c’est pas ça qui empêche de télécharger des vidéos de chatons), ce que je trouve drôle, c’est la logique de ce bon docteur, ou plutôt ce qu’on obtiendrait si on la poussait vraiment jusqu’au bout.

Parce que ce qu’il dit, du coup, c’est deux séries de postulats, les premiers concernant les lesbiennes, et parlant uniquement de godes (parce que les lesbiennes ne font que ça entre elles, c’est bien connu)  :

  1. il n’y a pas de risque de contamination avec un godemiché ;
  2. donc, ce n’est pas la peine d’exclure les lesbiennes du don du sang.

et les seconds concernant les gays, avec une comparaison avec les hétéros, et parlant uniquement de pénétration avec un pénis (parce qu’apparemment les hétéros et les gays ne font que ça entre eux) :

  1. Il y a un risque de contamination par la muqueuse anale (sous-entendu, bite dans anus)
  2. Donc un anus n’est psa fait pour avoir des rapports sexuels
  3. À l’inverse, le vagin est fait pour ça, avoir des rapports sexuels (c’est-à-dire, recevoir une bite), puisqu’il y a moins de risque.

Autrement dit, si je comprends bien, le médecin part du principe que comme il y a plus de risques de transmission du VIH avec un rapport bite/anus que bite/vagin, il peut en conclure : un vagin est fait pour avoir des rapports sexuels, alors qu’un anus ne l’est pas.

Du coup, poussons la logique jusqu’au bout : puisque dans le même temps, ce médecin explique qu’il n’y a pas de risque (pas moins, juste pas) en utilisant un godemiché, on peut en conclure :

Un godemiché est fait pour avoir des rapports sexuels, alors qu’un pénis ne l’est pas.

Bizarrement, je ne suis pas sûre qu’il nous l’assène avec autant de ferveur.

2   |

Le privilège cissexuel

25 novembre 2011

Bon, normalement je fais pas de pub pour ce genre de brochures, parce qu’il faut bien dire que c’est le genre de trucs assez chiants, où y’a pas d’images, pas d’explosions, pas de guns, et où en plus faut réfléchir et se remettre en question, ce qui n’est pas forcément les choses pour lesquelles je suis le plus douée.

Mais, bon, comme le collectif qui présente le truc s’appelle «Misandres Terroristes Féministes», et que je trouve que c’est un nom assez classe, je me suis dit que je pouvais faire une exception et que ça méritait bien un petit ctrl-C/crtl-V malgré ces défauts.

Le Collectif MTF (Misandres Terroristes Féministes) présente :

LE PRIVILEGE CISSEXUEL

Nouvelle brochure 28pA5

Ce texte de Julia Serano constitue le chapitre 8 de son livre Whipping girl, a transsexual woman on sexism and the scapegoating of femininity, paru en 2007. Il s’agit là de sa première édition publiée en français.

Dans son livre, Julia Serano part en partie de sa vie pour tirer une analyse politique féministe de la situation des femmes trans dans la société occidentale et les milieux féministes et LGBT. Elle défend la thèse que les femmes trans, avant de subir des formes évoluées de transphobie, sont le plus souvent les cibles du sexisme traditionnel et de la misogynie banale et parfois insidieuse qui sévit historiquement dans nos sociétés et milieux. Elle propose donc, avant de partir en guerre contre de nouveaux systèmes d’oppression, de revoir en profondeur nos rapports à la féminité et à sa (dé)valorisation. Elle propose de nouveaux cadres de réflexion, via une remise en cause radicale des comportements misogynes et des perceptions des féminités.

Dans ce chapitre, elle s’attarde sur les privilèges cissexuels ainsi que sur les mécanismes que les personnes cissexuelles mettent en place pour justifier et maintenir leurs privilèges. L’idée est de mettre en lumière un statut opprimant (en l’occurence, le statut cis), pour l’étudier et en comprendre les fonctionnements. Ce qui permet, pour une fois, de ne pas placer les personnes transsexuelles comme objets d’étude, mais à l’inverse de mettre les personnes cissexuelles et leurs comportements sous la loupe d’une analyse matérialiste visant à questionner la norme.

disponible sur : http://infokiosques.net/spip.php?article884

2   |

Une interview transsexuelle (sans vampires)

16 novembre 2011

Vu que c’est mon auteure qui l’a écrit, et que ça correspond parfaitement à la thématique «Sexe, Genre & Fusil à pompe», je voulais faire un peu de pub pour le nouveau roman de Lizzie Crowdagger, Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires).

Couverture du roman «Une autobiographie transsexuelle (avec des vampires)»

Bon, en vrai le terme «roman» est un peu fallacieux, puisqu’il s’agit en fait de trois histoires, qui se suivent tout de même plus ou moins et ont toute pour narratrice et héroïne Cassandra, dont on peut voir l’évolution au fil de son journal.

Cassandra que j’ai, en exclusivité internationale, interviewée pour vous.

Bonjour, Cassandra. Est-ce que tu peux présenter ce livre en quelques mots ?

Il s’agit d’extraits de mon journal, qui vont de la période entre novembre 2008 et juin 2009, période qui correspond à peu près à celle où j’ai découvert Lille et les Hell B☠tches. Ça correspond aussi à un moment assez charnière de ma vie.

Comme le titre l’indique, tu parles notamment de ton parcours transsexuel ?

C’est ça. Je parle de choses comme l’accès aux hormones, les difficultés par rapport à l’administration, mais aussi comment j’ai fini par avoir entre les jambes quelque chose qui correspondait vraiment à mon identité. (Spoiler : une Harley)

Sinon, tu es aussi lesbienne. C’est dur à faire accepter, qu’on est lesbienne et trans ?

Pour certaines personnes, oui. Il y a certains crétins qui pensent qu’une meuf transsexuelle reste une sorte de «pédé», alors du coup, si on est attirée par les meufs, ils n’y comprennent plus rien.

Pourtant, ton livre montre bien qu’on peut être une meuf trans sans être une tarlouze…

Euh… oui, je suppose. Je ne l’aurais pas exactement formulé comme ça...

Tu choisis d’utiliser le terme «transsexuelle» et pas «transgenre» ou «transidentité». Il y a une raison politique à cela ?

Pas vraiment, à part que je trouve que «transsexuelle» sonne mieux.

Parce que dans «transsexuelle», il y a «Hell» ?

Euh… Oui, si tu veux…

Parce que dans ton récit, tu racontes comment tu as rejoint les Hell B☠tches – un gang de lesbiennes surnaturelles. Est-ce que tu as pourrais présenter ce groupe ?

Officiellement, on est une association communautaire lesbienne. Ça passe mieux que «gang de gouines bikeuses hors-la-loi, composé surtout de vampires et de louves-garous».

Avec le fait que ce soit réservé aux lesbiennes, est-ce que tu as eu l’impression d’avoir du mal à être acceptée, parce que tu étais transsexuelle ?

Non, pas vraiment. Ce qui est bien avec les vampires, par exemple, c’est que globalement, j’ai l’impression qu’elles accordent moins d’importance à la biologie, vu que ça veut dire «sciences de la vie» et qu’elles ne font pas partie de la vie. (Quoique, certaines vampires trouvent important que leurs amantes aient des règles, je n’ai jamais trop compris pourquoi exactement ?)

C’est plutôt le fait d’être une «pathétique mortelle» (sic) qui est mal vu, en fait.

En lisant ce que tu as écrit, on voit que le fait d’être considérée comme une femme fait qu’on est régulièrement la cible de comportements déplacés de la part de certains mecs. Tu dirais que c’est un livre féministe ?

Pour être honnête, je ne sais pas. Dans l’absolu, oui, je pense, mais j’ai un peu de mal à me considérer comme «féministe», ces derniers temps…

Pourquoi ça ?

Tu sais, le slogan, «le féminisme n’a jamais tué personne» ? Dans le gang, ce n’est pas tout à fait notre crédo.

Ce qui nous amène à la partie la plus intéressante du triptyque «Sexe, Genre & Fusil à pompe». En te lisant, j’ai l’impression qu’on voit une certaine évolution de ta part sur la question de la violence…

Oui, j’imagine. À force de prendre des coups, on finit par se dire qu’il n’est pas illégitime de les rendre. Je pense que le sujet de la violence est intéressant, parce qu’on voit bien l’espèce de double standard auquel on est confrontée, où toute réaction violente est condamnée, tandis qu’on subit continuellement…

Excuse-moi de t’interrompre, mais je ne voulais pas parler de l’aspect théorique et politique de la chose, mais plutôt de l’aspect pratique. Allez, entre nous, tu préfères quoi ? Un revolver à gros calibre ou un fusil à pompe ?

Je ne sais pas si c’est vraiment le sujet qui mérite le plus d’être creusé…

Le revolver, y’a ce côté far west que j’aime bien, mais le fusil à pompe fait ce magnifique «schlack-schlack» quand tu le recharges, c’est quand même vachement bandant, non ?

D’ailleurs, est-ce que tu arrives à recharger un fusil à pompe d’une seule main ?

Je crois qu’on va arrêter cette interview, d’accord ?

Merci Cassandra pour cet échange ! Et ne t’en fais pas, moi aussi il m’a fallu pas mal de temps avant de réussir à recharger un fusil à pompe d’une seule main !

 

0   |

Shopping

22 octobre 2011

Aujourd’hui, je suis allée faire du shopping, histoire de m’acheter de nouvelles fringues.

Je suis entrée dans un magasin qui propose plein de trucs chouettes, et je me suis promenée dans les rayons sans trop réussir à me décider, entre les petits hauts sexy, les débardeurs classes, les tee-shirts sympas ; entre les jupes mini – d’habitude je mets pas de jupe, mais là j’avais envie de faire une exception – ou les jeans moulants, ou encore les pantalons plus originaux et vraiment biens.

Il proposait des trucs chouettes, ce magasin, vraiment chouettes.

Donc j’ai flâné, j’ai traîné, j’ai regardé, et ensuite j’ai voulu essayer.

Et là, ça a été le drame.

Les petits hauts sexy, les débardeurs classes, les tee-shirts sympas, les jupes mini, les jeans moulants,  les pantalons plus originaux et vraiment chouettes, tout ça avait un point commun, oh, un tout petit défaut : je ne rentrais pas dedans. Pas du tout. Mais alors vraiment pas. Genre, la plus grande taille du magasin qui est à peu près dix tailles en-dessous de la mienne, voyez ? Parce que je suis un peu grosse, il paraît, enfin, moi je trouve que je suis normale et que les autres sont rachitiques, mais apparemment j’ai un point de vue minoritaire.

Du coup, je me suis rabattue sur le rayon pour grosses, pardon, le rayon «grande tailles», faudrait pas heurter les grosses. Faudrait pas non plus leur proposer des fringues mettables : dans le rayon pour grosses, plus de hauts sexy, plus de débardeurs classes, plus de tee-shirts sympas, plus de jupes minis, plus de jeans moulants, plus de pantalons originaux. Non, la grosse, faut cacher son corps, lui filer des trucs longs et moches. Je sais pas qui sont les créateurs de fringues pour grosses, mais apparemment ils doivent s’imaginer que les grosses sont toutes des hippies, je sais pas trop pourquoi.

Bref, je suis sortie du magasin un peu déprimée et je suis allée m’asseoir dans ma voiture, que j’avais garée juste à côté, et je me suis dit : «Lev, si tu veux te fringuer, tu devrais peut-être songer à virer hippie».

Et puis après je me suis reprise et je me suis dit «non, faut pas déconner», et j’ai attrapé le Gros Machin qui était à côté de moi, avant de l’enfiler. Gros Machin, c’est un nom affecteux ; oui, je suis du genre à donner des petits noms aux objets que j’aime bien.

Ensuite, je suis retournée dans le magasin. En me voyant entrer, comme j’étais de dos, le vigile a fait une petite confusion, et il m’a dit :

«Monsieur ! Vous ne pouvez pas entrer avec un sac à dos !»

Je me suis retournée, déjà un peu énervée par le manque de fringues classes pour grosses de ce magasin, et j’ai corrigé ce malappris :

«Je ne suis pas un Monsieur, espèce de glandu décérébré, et Gros Machin n’est pas un putain de sac à dos.»

Effectivement, si vous suivez mon blog, vous aurez compris que,  je suis une grosse gouine butch et que, si je me fais régulièrement appeler «Monsieur», je n’en suis pas un pour autant et j’aime pas franchement qu’on m’appelle comme ça.

Par contre, je ne crois pas vous avoir présenté Gros Machin avant. Gros Machin est un lance-flammes, et pas du tout un sac à dos, même si, de derrière, je peux comprendre la confusion.

Histoire que ce soit bien clair pour le vigile, je lui ai balancé un jet de napalm à quelques centimètres de la gueule, et il s’est barré en courant, la moitié de ses cheveux roussis.

Après quoi, j’ai sorti un cigare de la poche de mon blouson et je l’ai allumé avec la veilleuse de Gros Machin.

«Bon, c’est parti», ai-je ensuite dit à voix haute.

Après quoi, je me suis mise au travail, de manière méthodique et rigoureuse. Les hauts sexy que seuls les minces peuvent porter ? En flammes. Les débardeurs classes interdits aux grosses ? En cendres. Les tee-shirts sympas qui s’arrêtent au 42 ? Brûlés.   Les jupes minis, en longueur comme en tour de taille ? Volatilisées. Les jeans qui ne peuvent mouler que les corps sans graisse ? Cramés. Les  pantalons originaux et chouettes que je ne pourrais jamais porter ? Ben personne d’autre ne le pourra non plus.

Et puis les fringues moches de hippies pour grosses, destinées à cacher nos bourrelets, notre gras, nos rondeurs et notre grosseur ? Elles ont subi le même sort, définitivement incendiées.

Ensuite, alors que toutes les alarmes s’étaient déclenchées et que tout le monde était parti en hurlant depuis un certain temps, je suis ressortie du magasin, et, en chemin, j’ai pris le temps de me regarder dans un grand miroir que la chaleur n’avait pas encore fait exploser. Et je me suis dit que, finalement, ce que j’avais sur le dos m’allait plutôt bien.

5   |

Tomber la culotte

14 octobre 2011

Il y a un bouquin de Disque-Monde où une des protagonistes est une sorcière BadAss qui a trop la classe, Mémé Ciredutemps. Mémé Ciredutemps aurait voulu être une méchante sorcière, mais comme sa soeur, pensant elle-même faire le bien et être trop cool, a viré du côté obscur, Mémé Ciredutemps se retrouve à devoir être la gentille. Et ça la fait chier.

Ben, moi, c’est un peu pareil. Par exemple, quand j’avais fait ce blog, j’avais un peu l’idée de faire des billets tendancieux et notamment de passer pour la grosse connasse transphobe de service, voyez ? Sauf que voilà, c’est la communauté LGTeuBé, et que du coup, vu le nombre de crétins qui pensent sincèrement être trans-friendly mais qui font de la merde, ben je me retrouve à devoir être dans le rôle de la gentille. Et ça, vous vous en doutez, ça me fait chier ma mère comme c’est pas possible.

Heureusement, c’est pas parce qu’on est le camp des gentils qu’on doit être sympa.

Bref, je voulais parler de la brochure «Tomber la culotte», brochure pour les lesbiennes, pardon, les femmes qui aiment les femmes. À première vue, on peut se dire que c’est top : c’est vaguement zoli, pour une fois y’a un peu moins le côté «Manger bouger, la consommation excessive d’alcool nuit à la santé, fumer tue» qu’on retrouve dans certaines brochures, et ça peut même paraître plus inclusif, notamment sur les questions trans : on voit quelques photos, mêmes de meuf trans, manifestement y’avait unE photographe qui voulait faire un peu de visibilité là-dessus, et on peut se dire que c’est plutôt chouette.

Bon, par contre au niveau de la rédaction, c’est pas ça, oh, y’avait sans doute des bonnes intentions : ça apparait même dans le glossaire, enfin, FTM et MTF, on va pas parler d’hommes et de femmes trans, les trans ça doit être trop queer pour être genré, tandis qu’on n’arrête pas de parler de «femmes» pour les lesbiennes, tant pis pour Monique Wittig.

Ce qui est assez cohérent avec la définition du «sexe» selon cette brochure : «Se réfère aux caractéristiques génétiques, biologiques et physiologiques qui différencient les hommes des femmes». Non, c’est pas du tout essentialiste comme définition des «hommes» et des «femmes».

Bon, après sur le contenu de la brochure, ça va pas trop parler des lesbiennes trans, ça c’est sûr, apparemment faut être cis pour être lesbienne. Bon, c’est pas très cool pour les meufs trans, mais je vous vois venir : c’est vrai que le but d’une telle brochure c’est d’éviter la transmission des Infections Sexuellement Transmissibles, et vu comment les meufs trans sont considérées baisables dans le milieu lesbien, c’est vrai que les lesbiennes trans courent pas trop de risques à ce niveau là.

Après, là où cette brochure fait fort, c’est que je pense qu’elle peut faire regretter aux personnes trans l’époque bénite où les lesbiennes cis ne parlaient pas du tout d’eux et d’elles. Parce que là, y’a aussi un passage qui explique que

«Avoir des rapports sexuels avec des femmes n’exclut ni la possibilité d’une sexualité avec des hommes et/ou des personnes trans’»

(c’est pas comme si environ la moitié des personnes trans étaiens elles-même des femmes, mais bon, hein) ou encore, dans le même genre :

«Une autre pourra se considérer comme homosexuelle, revendiquer une identité lesbienne, et avoir des rapports sexuels parfois ou souvent avec des hommes et/ou des personnes trans’ ( ft*/mt*)»

Là, c’est un peu mis noir sur blanc que les meufs trans (pardon, les «mt*», on va quand même pas parler de meufs) sont, pour une lesbienne, à mettre sur le même plan qu’un gars. Classieux, hein ? Bon, en même temps, je suis pas sûre que, dans cette brochure, les meufs trans soient les plus à plaindre :

«Karine 39 ans :
Je suis lesbienne, et c’est important pour moi d’être visible en tant que telle au moins dans ma communauté. Mais mon ami est trans ftm*. Nous sommes donc perçus comme un couple hétérosexuel, il n’est pas toujours évident pour moi de devoir « outer »* mon ami pour être reconnue par mes paires.»

Je sais pas trop ce qui est le pire : considérer que, quelque part, si c’est un mec trans, ça permet une «reconnaissance» du lesbianisme, ce qui revient quand même un tout petit peu à dire qu’un mec trans reste une meuf, ou que cette pauvre «lesbienne» soit obligée d’«outer» son copain, trop dur pour elle, c’est pas pour lui que ça doit être pénible.

Bref, voilà, comment ce qui devait sans doute être de bonnes intentions d’«inclusion des trans» se révèle simplement de la transphobie, ou, dit autrement, comment une brochure qui avait l’air d’être au top s’avère au final, comme la courbe bleue, merdique.

17   |

Fat Admirer

10 octobre 2011
| Mots-clés: , , , ,

Jusqu’il n’y a pas très longtemps, je n’avais jamais trop entendu parler de «fat admirers» (qui peut se traduire par «admirat·eur·rice de gros·se» ou «admirat·eur·rice de graisse», confusion qui peut sembler embêtante à première vue mais explique la tendance à réduire les grosses à leur graisse). Et puis je suis tombée sur un article, puis un autre, puis sur celui-ci : True Confession of a Fat Admirer. Et c’est là que j’ai compris qu’il n’y a pas beaucoup de choses dans la vie qui pourraient me pousser à perdre du poids, mais que ce genre de personnes en fait définitivement partie.

Un Fat Admirer, la définition officielle, c’est une «personne attirée physiquement et sexuellement par les personnes fortes» (dixit Wikipédia). Bon, «personne», c’est pour être gentille, mais apparemment en général c’est surtout des mecs hétéros.

Bon, jusque-là, à la limite, je m’en fous. C’est juste que dans la plupart des articles que j’ai lus sur le sujet, la définition officieuse me semblait plus être «connard de mec hétéro qui considère les grosses comme une portion de viande XXL, et qui estime qu’on devrait lui en être reconnaissante».

Par ailleurs, comme vous pourrez le voir dans l’article sus-mentionné, le F.A (Fat Admirer, à ne pas confondre avec la Fédération Anarchiste) aime expliquer que c’est trop stigmatisé dans la vie d’être attiré par les grosses, que c’est pire que d’être homo, il est trop opprimé. Mais c’est vraiment le côté à te considérer comme de la barbaque qui est pénible, comme le montre l’article que j’ai linké plus haut :

I know I’m biased, but I think F.A.’s are simply more in tune with natural human sexual impulses than non-F.A.’s. We are biologically correct. The human female of reproductive age is genetically designed to be rounded with layers of fat, definitely not skin and bones like the typical fashion model. Those wonderful fat deposits in the breasts, hips, thighs and buttocks are what create the distinctive body shape that distinguishes women from men, and the fat equips women for the physical rigors of childbearing. A female’s well-padded body announces to the world that she is a woman and she’s ready to reproduce.

Pour les personnes qui ne parlent pas trop bien anglais, le monsieur dit en gros que les F.A sont en accord avec la nature et «biologiquement corrects» parce que le fait qu’une nana soit enveloppée annonce au monde qu’elle est une femme et prête à se reproduire.

Bon, je sais, après un passage comme ça on devrait juste en conclure qu’il faut lui passer les testicules dans un broyeur pour qu’il ne vienne plus considérer que les meufs sont là pour qu’il puisse se reproduire avec elles, mais l’article mérite qu’on continue, parce que le gars a manifestement une obsession avec la fertilité :

To me, there’s something extraordinarily feminine and sexy about a nice full tummy bulge, which is a potent symbol of fertility

Là, le monsieur dit qu’un ventre rebondi est un symbole puissant de fertilité.

Vous avez déjà la gerbe ? Sortez le seau, parce que ça continue :

I get excited by the idea of a woman gaining weight, and filling out her body into the range that I find attractive

Autrement dir, le gars explique que l’idée qu’une nana prenne du poids et corresponde ainsi à ce qu’il considère attirante l’excite. Mais non, ça ressemble pas du tout à une envie de contrôler sa meuf «oh, chérie, tu voudrais  pas prendre du poids pour être plus sexy ?» qui n’a rien à envier au macho de base qui veut que sa nana fasse un régime. Ah non, je suis de mauvaise foi, il précise que ça n’a rien à voir :

If a woman chooses to put on a few pounds to please her F.A. mate, I think that’s a beautiful thing — but I can’t condone pressuring a woman into changing herself in any way that goes against her will or endangers her health, whether it’s gaining weight or dieting, or anything else.

Autrement dit, ce n’est pas bien de faire pression à une meuf pour qu’elle grossisse (ou maigrisse), mais si spontanément elle décide de prendre un peu de poids pour plaire à son mec (et y’a jamais de pression pour plaire à ton mec, bien sûr), c’est quelque chose qui est beau.

Après, on pourrait objecter ; c’est juste un article comme ça, ça ne représente pas forcément tous les Fat Admirers. Et c’est vrai. Par exemple, un autre article, Guy Who Like Fat Chicks en interroge d’autres. L’un, par exemple, explique que si on est attiré par une nana pas hyper grosse, il faut regarder la corpulence de sa mère pour savoir si elle a des chances d’être baisable plus tard. L’autre explique qu’une meuf grosse c’est trop bien, parce que c’est comme si elle était un sein géant («It’s like one big boob. It’s the same property: Men like fondling soft breasts, and I don’t get why that doesn’t apply to the whole body.»)

Voilà, voilà.

Bon, ceci étant dit, je suis pas spécialement persuadée que les mecs hétéros attirés par les grosses soient plus relous, machos, etc., que les mecs hétéros attirés par les minces. Par contre ce qui me soule c’est de voir plein de sites vantant la «size acceptance» et les «big beautiful women» les considérer comme des alliés, des gens qui subissent la même oppression que des meufs grosses. de voir des pages pour les «big beautiful women et ceux qui les aiment» et juste à un moment ça me parait pas possible, ça me parait du même niveau que si on faisait des sites pour les lesbiennes et les mecs hétéros qui fantasment dessus et sont trop stigmatisés. Ou, pire, qu’on leur laissait une place dans les militantisme lesbien.

Ouais, bon, OK, je vois ce que vous allez me dire, je ne doute pas qu’avec le queer et toutes les merdes dans le genre, on trouve déjà ce genre de choses, et je devrais pas me plaindre, chez les lesbiennes ça va encore par rapport à la place que prennent les translovers et transloveuses dans le mouvement trans, mais ce n’est pas ça qui m’empêchera d’aller vomir.

Enfin, faut voir le bon côté des choses : comme ça, je vais peut-être perdre un peu de poids et je risque moins de me faire guédra par un de ces gars.

1   |

Les cathos au zoo, libérez les animaux

16 septembre 2011

Bon, c’est un peu tardif, mais depuis le temps qu’on en parle, vous aurez eu du mal à rater les histoires des crétins intégristes qui veulent absolument qu’on parle pas de «gender» dans les manuels scolaires.

(Non pas que la façon dont on en parle soit bien, loin s’en faut, à première vue la plupart des manuels ont un bon fond d’homophobie – à coup de «l’orientation sexuelle est du domaine du privé – et de transphobie – parler des meufs trans au masculin et des mecs trans au féminin, youpi. En tout cas, c’est les échos que j’ai eus, j’avoue que j’ai pas lu ces manuels moi-même, déjà que je les lisais pas quand j’étais à l’école, je vais pas m’emmerder à le faire maintenant.)

Et du coup Christine Boutin qui s’amuse à «détourner» des slogans pour expliquer qu’une personne trans est en gros une aberration, aha, lol (le texte exact est « On ne naît pas femme, on le devient. Ou alors on naît homme et on devient une femme. Ou bien on naît femme et on devient homme. Ou même on naît homme, on devient femme puis on redevient homme. (presque) Simone de Beauvoir». Je mets pas de lien vers son site, pas tant pour pas lui faire de pub que parce que, franchement, ça fait mal aux yeux). Eh ouais, Boutin-Bigard, même combat qu’est-ce qu’on s’amuse. Enfin, moi aussi je peux jouer à ce jeu là :

Les parents sains ont des enfants sains. (Presque) Christine Boutin.

Bref, blague à part, cette polémique m’interroge quand même vachement, parce que la logique de la droite là-dessus, je la comprends pas :

  • Déjà, bon, râler sur le fait qu’on parle de genre à l’école en classe de première. Hey, les gusses, vous êtes au courant qu’on parle de genre dans les cours de grammaire en CP ? Si, si. Trop ouf. Faut faire interdire ça.
  • Et puis, le mot «genre», vous êtes au courant que ça existe ? Que vous êtes pas obligés d’utiliser «gender», qui est anglais ? Non, je veux dire, moi je don’t give a fucking shit qu’on mette des mots anglais en français, mais pour des taréEs comme vous au bras tendu devant le drapeau national (vous avez même fait passer des lois pour qu’on n’ait plus le droit de l’outrer) et qui défendent «l’identité nationale», «l’exception nationale» (ouais ça fait répétition du mot national, mais bon, hein, c’est pas ma faute, là), c’est pas un peu chelou de vouloir à tout prix utiliser un mot anglais ?
  • Ah, et la superbe sortie «si Adam et Eve avaient entendu parler de l’idéologie du genre, on n’aurait pas existé», hey, et s’ils avaient été curé et nonne suivant réellement leur foi, à votre avis, ils se seraient beaucoup reproduits ?
  • Et d’ailleurs, parlons-en, des curés. Parce que, c’est bien beau de jouer la carte de l’homophobie et de la transphobie, un gomme c’est comme ça, une femme c’est comme ça, n’empêche, au cas où vous auriez pas capté, vous êtes quand même une bande de mecs qui vous baladez en robe. Je dis ça, je dis rien.

 

4   |

Interview d’une activiste trans

6 septembre 2011

J’ai rencontré Mel lors d’un «apéro LGBT». J’étais en train de discuter avec une nana cisgenre qui m’expliquait qu’elle avait du mal avec les meufs trans, parce qu’elles voulaient vraiment rentrer dans les normes de féminité, qu’elles étaient trop frivoles, délicates et précieuses, etc.

Derrière elle, tandis qu’elle parlait, je voyais arriver Mel en titubant, avec sa bière (sans doute pas sa première) à la main, son crâne rasé (à l’exception de deux pattes devant les oreilles), sa chemise blanche et ses bretelles rouges, et ses docs montantes à lacets rouges. En s’approchant de nous, elle lâcha un rot tonitruant, et j’ai à peine eu le temps de ranger mon paquet de clopes avant qu’elle n’asperge la table et mon interlocutrice de vomi.

J’imagine qu’elle ne se reconaissait pas dans cette notion de «délicate et précieuse». Je ne vois pas pourquoi.

Toujours est-il qu’on a échangé sur différents sujets, notamment sur la thématique du vomi (je suis toujours déçue de trouver peu d’interlocutrices que cela intéresse), et on est devenues amies. Et puis je me suis dit que, pour nourrir mon blog, je pouvais faire une interview d’elle, histoire d’éclairer le public sur les thématiques trans.

Bonjour, Mel. Peux-tu nous parler de ton association ?

Ça s’appelle Transhead, et c’est la plus grosse association de trans skinheads de France. Peut-être même d’Europe.

Pour les personnes qui ne sont pas au courant, peux tu nous éclairer un peu sur les thématiques trans ? Notamment, quelle est la différence pour toi entre transgenre et transsexuel·le ?

La différence principale, c’est que les transgenres sont des personnes classes, comme moi. Les transsexuel·le·s, bon, voilà, c’est au mieux des collabos, au pire des nazis.

Carrément ?

Pourquoi est-ce que tu crois qu’ils et elles insistent tellement pour écrire «transsexuelLE» avec deux S ? C’est pas louche, ça ?

Mais au-delà… ?

Les personnes transexuelles ont tendance à être obnubilées par ce qu’elles sont entre les jambes. Par exemple, pour prendre des associations locales, la différence entre les «Transsexuells Angels» et nous, c’est qu’on n’a pas besoin d’avoir une Harley entre les jambes pour tenir la rue.

D’accord. En pratique, comment peut-on distinguer une personne transgenre et une personne transsexuelle ?

Facile. Il suffit de regarder la couleur des lacets sur ses rangeos.

Quelles sont vos revendications principales ? Dépsychiatrisation, changement d’état civil simplifié, reconaissance de la transphobie, je suppose ?

Ouais, ça aussi. Mais surtout, un hippie, une triplex.

Merci pour cet entretien, Mel, j’espère qu’il permettra de mieux connaitre ce que sont les revendications trans !

3   |

Le bon moment pour le dire

25 juin 2011
| Mots-clés: , , ,

Ce soir, dans une brasserie de Lille, France.

J’ai mangé avec deux amies trans, A. et L. Quand je dis «amies», c’est en moyenne : avec A. on est plutôt plus qu’amies, alors qu’avec L., on l’est plutôt moins. Enfin, peu importe. Autour de la table, la discussion a porté à un moment sur le fait que les personnes cisgenres avaient souvent tendance à penser que, dans le cadre d’une relation, les personnes trans devaient annoncer  qu’elles l’étaient (trans, je veux dire) à un moment donné, qui variaient selon les personnes cisgenres (avant le premier rendez-vous ? avant le premier baiser ? avant de baiser tout court ? etc.) mais qui était un peu posé comme «c’est comme ça que ça devrait être fait si on a un peu de sens moral».

« C’est idiot, a soupiré L ; c’est à la personne trans de décider si elle le révèle et quand elle le révèle. Il n’y a pas de bon ou de mauvais moment pour annoncer qu’on est trans.

– Ce n’est pas vrai, ai-je objecté. Il n’y a peut-être pas de bons moments, mais il y en a des mauvais.»

Pour illustrer mon propos, je me suis mise à raconter une petite anecdote personnelle.

***

Sept ans plus tôt, dans un hangar d’un bled du Texas, U.S.A.

La balle est allée se loger à quelques centimètres de ma tête, dans un gros pilier en béton ; j’ai donc décidé qu’il valait mieux  rester baissée derrière mon abri de fortune – une grosse table métallique que j’avais renversée — en attendant que les cinglés rechargent.

Pendant ce temps, Tracy, planquée derrière un autre pilier à environ cinq mètres de moi, continuait à leur balancer des rafales avec son semi-automatique. Tracy était une meuf blonde, plutôt grande, qui portait des santiags, une jupe rose et une veste en jean. Elle avait normalement un chapeau de cow-boy pour compléter la tenue, mais un coup de fusil à pompe la lui avait retiré quelques instants plus tôt.

En face de nous, je ne savais pas trop qui c’était, mais ils étaient au moins une demi-douzaine. Ils avaient fait irruption dans le hangar alors qu’on était en train de bouffer des pizzas, peinardes.

J’ai remplacé les chargeurs de mes deux pistolets, histoire de pouvoir donner le change aux importuns et de ne pas laisser Tracy s’amuser toute seule.

«Il faut que je te dise quelque chose ! a gueulé cette dernière.

— Quoi ?»

Mes pistolets rechargés, et comme les méchants semblaient relâcher un peu la pression, je me suis relevée et ai entrepris de leur tirer dessus à mon tour. J’ai tiré sans trop viser, puis ai réalisé qu’il y avait des barils d’essence à côté des connards ; j’ai donc tiré dedans.

Je m’attendais à une grosse explosion, mais il n’y a eu qu’une fuite d’essence décevante. Fuck.

Les types se sont remis à me canarder, et je me suis baissée juste à temps pour ne pas finir en Emmental. Une balle est tout de même passé à ça de ma tête, et mon oreille s’est mise à siffler de manière fort désagréable.

J’ai bien vu que Tracy remuait les lèvres mais, du coup, je n’entendais rien. En plus, elle avait un putain d’accent texan pourri, alors ça n’aidait pas à comprendre.

«Quoi ? ai-je crié en rechargeant à nouveau mes jouets.

– Je suis transsexuelle !

– Putain, c’est pas le moment !»

Une grenade a alors atterri juste à mes pieds.

«Sa mère la pute !» ai-je gueulé tout en faisant trois actions en même temps :

  1. Je me suis dit que les travailleuses du sexe n’avaient pas grand-chose à voir dans l’histoire, et qu’il faudrait à l’avenir que j’évite les jurons sexistes (encore une putain de bonne résolution queje n’ai jamais trop réussi à appliquer, tiens).
  2. J’ai bondi hors de ma cachette.
  3. J’ai vidé les chargeurs de mes deux pistolets en tirant un peu n’importe où, histoire de ne pas me faire abattre en vol.

La grenade a explosé et m’a projetée juste à côté de Tracy, qui a abattu un de nos adversaires en représailles.

«Tu m’en veux pas de pas te l’avoir dit avant ? a-t-elle demandé tandis que je sortais mes derniers chargeurs et que les fâcheux continuaient à nous mitrailler.

– Putain, Tracy, ce que j’aurais aimé que tu me dises avant, c’est que t’avais la Mafia au cul !»

J’ai tiré à nouveau quelques balles, essayant de les économiser un peu plus, pendant que ma copine fouillait dans les poches de sa veste.

«C’est pas la Mafia, c’est des suprémacistes blancs. Et c’est lié : je leur ai volé cent cinquante mille euros pour me payer mon opération.

– C’est si cher que ça, une opération ?» ai-je demandé entre deux coups de feu.

Tracy a trouvé ce qu’elle voulait dans son blouson : un bâton de dynamite. J’aurais dû être surprise, mais en même temps, on était au Texas.

«Non, a-t-elle répondu en allumant la mèche, mais une fois que j’avais ouvert le coffre, je voyais pas l’intérêt d’y laisser du fric.»

Elle a balancé le bâton juste à côté des barils d’essence.

« Say «auf wiedersehen» to your nazi balls !» ai-je eu le temps de gueuler avant que tout n’explose.

***

Ce soir, dans une brasserie de Lille, France.

«Tu inventes tout ça, n’est-ce pas ? a demandé A.

– Je ne vois pas pourquoi tu dis ça, ai-je répliqué sur un ton offusqué.

– Si c’était il y a sept ans, comment tu as pu caser une réplique d’Inglourious Basterds ?»

J’ai grimacé. Je savais que je n’aurais pas dû en rajouter.

« D’accord, ai-je admis. Mais je maintiens ce que je dis : je pense qu’il y a des mauvais moments pour annoncer qu’on est trans.

– Et tu as un exemple réel ? a demandé L.

– Bon, OK, ai-je soupiré, en vrai on mangeait des pizzas en regardant l’Arme Fatale. Mais putain, sérieusement, tu n’annonces pas que t’es trans au moment où ils ne savent pas s’ils doivent couper le fil bleu ou le fil rouge. T’attends la coupure pub, merde.»

13   |
Publicité